Une survivante du cancer prise avec une facture de 31 000 $ US d'un hôpital de la Floride

Michel Thibault michel.thibault@tc.tc
Publié le 26 octobre 2016

Judith Bussières

©TC Media Andrew Clark

Survivante du cancer, Judith Bussières doit 31 000 $ US à un hôpital de Floride où elle a été soignée durant deux jours. Dans l’espoir de régler cette facture salée et imprévue bien au-dessus de ses moyens, la résidante de Beauharnois s’est inscrite au site GoFundMe qui permet de recueillir des dons du public.

Le plus vite je peux payer cette facture, le plus vite je retrouverai ma paix intérieure Judith Bussières

Mme Bussières a été terrassée par de violentes crampes et des vomissements durant des vacances en Floride en février. Un épisode parmi plusieurs qui a mal tombé. Depuis qu’elle avait été opérée en 2006 pour un cancer colorectal, son système digestif bloquait régulièrement. La douleur intense durait des heures. Elle était incapable d’avaler quoi que ce soit. «Même de l’eau, ça ne passait pas. Alors je finissais par être déshydratée. Je devais aller à l’hôpital pour être réhydratée», explique la dame de 63 ans.

Elle pensait pouvoir éviter les problèmes de ventre pendant ses deux semaines de voyage avec des amis au début de l’année. Ce ne fut pas le cas. Après quelques jours de bon temps, le plaisir tourne court le lundi de la deuxième semaine. «Je commence à avoir des crampes encore. Je suis découragée. Je braillerais ma vie», confie Judith Bussières dans son témoignage publié sur GoFundMe. L’épisode est suivi d’une accalmie de quelques heures puis les vomissements et le mal reprennent de plus belle. Son intestin est encore bloqué. Mme Bussières devrait se rendre à l’hôpital mais elle refuse parce qu’elle ne répondrait pas au critère de couverture de son assurance, soit «au moins un mois dans une condition stable». Elle entre finalement aux urgences du Memorial Hospital West de Floride le mercredi vers midi. Elle en ressort le vendredi suivant à la même heure. L’établissement lui réclame 31 200 $ US. Sur la facture détaillée dont Mme Bussières a remis copie au journal, on voit qu’un scan a coûté 10 786 $ à lui seul. Des frais d’examen et de laboratoires ainsi que des médicaments mènent au total exigé.

«Ça ne comprenait pas les frais des spécialistes qui m’ont soignée. Un à 1466 $ et l’autre 480 $. Eux je les ai payés», souligne Judith Bussières.

De son côté, la RAMQ a assumé un remboursement d’environ 200 $.

 

Agence de collection

La dame a reçu les factures alors qu’elle était de retour chez elle à Beauharnois. Une agence de collection l’a contactée. «Après quelques appels de cette agence de collection, je commence à paniquer. Je consulte un avocat. Il me dit que «si je ne veux pas retourner aux E.U. je n'ai qu'à ne rien faire», relate Mme Bussières.

Camionneuse pendant six ans avant que le cancer ne la force à changer d’orientation, la dame a sillonné les routes des États-Unis pour son travail pendant six ans. Elle aime s’y retrouver en vacances. À 63 ans, elle n’est pas prête à faire une croix sur le pays de Donald Trump et Hillary Clinton. Et elle n’est pas prête non plus à s’endetter pour payer son dû. Ni pour les services d’un avocat. Elle décide de se débrouiller sans.

Apprenant cela, l’agence de collection lui propose de régler pour 9 312 $ en un seul versement ou 12 416 $ en trois versements. Les délais fixés étant trop courts, cette proposition ne fonctionne pas. «On s’est parlé pour la dernière fois le 17 octobre. Je n’ai pas l’impression que ça tient encore», a fait part en entrevue, mardi, Mme Bussières.

Elle s’en remet donc à GoFundMe. Le total de dons s’élevait à 2320 $ au moment d’écrire ces lignes le 26 octobre.

«Je vais envoyer à l’hôpital le montant que je vais obtenir en espérant obtenir une quittance. Si ça ne fait pas leur affaire, ils s’en passeront», dit Mme Bussières.

Un coude dans l’intestin

Ces graves ennuis auraient pu lui être évités, estime Judith Bussières. À la suite d’une première chirurgie pour éliminer un cancer colorectal, en 2006, la femme indique avoir demandé en vain d’être réopérée pour régler son problème de blocage du système digestif. De retour de Floride, un autre épisode de crampes l’a conduite à l’hôpital Anna-Laberge, en mars. «J’ai annoncé que je ne quitterais pas avant d’avoir été opérée», raconte Mme Bussières. Après avoir entendu le récit de ses cauchemars et à la lumière de résultats d’examens, notamment ceux subis en Floride, le chirurgien de garde, Dr Richard Mazerolle, qui n’était pas son spécialiste habituel, a procédé. Il a enlevé une section de 10 cm du petit intestin qui formait un coude et occasionnait les problèmes digestifs.

«Il doit être  un ange. Depuis, je vais très bien, je mange ce que je veux, je n'ai aucune crampe et je n'ai aucune absence à mon travail et je remercie Dieu chaque jour», se réjouit la femme chauffeuse d’autobus à la STM. Elle déplore que l’intervention n’ait pas été effectuée plus tôt. «J’ai vécu huit ans de souffrance inutile qui aurait pu être abrégée depuis longtemps !» dénonce-t-elle.