Des Chinois voulaient acheter tout son miel

Patricia Blackburn patricia.blackburn@tc.tc
Publié le 8 juin 2016

©(Gracieuseté, Miel Nature)

Les propriétaires de l’hydromellerie Miel Nature à Beauharnois auraient pu vendre d’un coup la totalité de leur production de miel à des exportateurs chinois. Mais ils ont refusé.

«Ce qu’ils nous demandaient aurait impliqué de fournir une grande quantité de miel. On aurait dû en acheter de d’autres producteurs, alors on a dit non, confie Ali Agougou, copropriétaire de l’entreprise. On a eu peur : on ne veut pas devenir industriel, car on craint de perdre la qualité de nos produits», admet-il.

Les Chinois ne sont toutefois pas repartis les mains vides. Ils ont rapporté une petite caisse de différents hydromels produits par Miel Nature afin de les tester sur le marché chinois. «Il n’y a pas encore de confirmation pour une commande, mais je pense que c’est positif», confie l’apiculteur-vinicole.

Ali Agougou.
(Gracieuseté, Miel Nature)

Ce dernier voit dans ce nouveau marché qui s’ouvre une nouvelle manière de vendre ses produits, alors que le marché québécois n’est présentement pas favorable, selon lui, aux producteurs locaux. «Le marché est saturé, et le système de la SAQ est très difficile et pas très rentable pour les petits producteurs comme nous», déplore-t-il.

Des Japonais aussi

Quelques mois auparavant, ce sont des exportateurs japonais qui ont approché M. Agougou. Venus à Montréal pour le rencontrer, ils sont eux aussi repartis avec une sélection de produits à tester dans leur marché. «Nous n’avons pas encore eu de nouvelles, mais ça pourrait devenir un autre marché d’exportation potentiel», confie le petit producteur de Beauharnois. Si ces opportunités d’affaires à l’international se confirment,  ce dernier fera appel à l’association Groupe Export agroalimentaire, qui détient une grande expertise dans le domaine et qui pourra lui fournir des conseils.

(Gracieuseté, Miel Nature)

Bientôt dans une épicerie près de chez vous

Les vins québécois et autres produits alcoolisés comme les hydromels pourront bientôt être vendus dans les épiceries.

Le projet de loi 88 visant cette réforme a été adopté à l’unanimité le 26 mai à l’Assemblée nationale. D’ici peu, les  producteurs locaux pourront donc vendre leur produit directement sur les tablettes des épiceries, sans devoir passer par la Société des alcools du Québec (sauf pour y  faire au préalable analyser leurs produits).

«Pour nous, cette loi est comme un bol d’air frais, commente Ali Agougou, propriétaire de l’hydromellerie Miel Nature. Nous l’attendions depuis longtemps.»

Dans le milieu des producteurs de vins et de produits alcoolisés de la région, on attribue ce changement positif à l’initiative du député de Huntingdon, Stéphane Billette. Celui-ci a déposé un premier projet de loi en juin 2013, alors que son parti était dans l’opposition. «M. Couillard a repris l’idée dans sa plateforme électorale, explique le député, et après son élection en 2014, c’est mon collègue des finances, Carlos Leitao, qui a apporté quelques modifications et déposé le nouveau projet de loi 88, qui a finalement été adopté», explique-t-il.

Selon lui, cette loi donnera un bon coup de main aux producteurs locaux. «C’était une aberration de voir des produits développés au Québec, comme les hydromels de M. Agougou, gagner 30 médailles à l’international sans que les Québécois puissent facilement y avoir accès. Je pense qu’il fallait y aller avec le gros bon sens, et modifier cette loi qui remontait à très loin», spécifie M. Billette.

 

Ali Agougou et son fils, Yazid, en compagnie de deux exportateurs chinois, venus les rencontrer à Montréal.

©(Gracieuseté, Miel Nature)