Pas de respect pour les clignotants des tracteurs

Pas de respect pour les clignotants des tracteurs

Crédit photo : Andrew Clark

En ville, les véhicules qui changent de direction sans usage des clignotants font pester. En campagne, c’est le contraire.

«Ils veulent des clignotants sur toute la machinerie mais il n’y a pas de respect pour ça. Quand je signale à gauche, il y en a toujours un qui me dépasse», déplore Sylvain Montpetit. Entrepreneur en travaux agricoles à forfait, le résident de Sainte-Martine fait beaucoup de kilométrage dans les rangs de la région au volant de lentes machines agricoles. Selon lui, les dépassements par la gauche alors qu’il signale son intention de tourner sont fréquents. «C’est un problème majeur», dénonce-t-il.

Les automobilistes sont impatients derrière un tracteur. «En me dépassant, plusieurs me font des gros yeux», témoigne M. Montpetit.

Sylvain Montpetit et son fils Jérémy

Le phénomène n’est pas particulier à la région. «Je mets mon clignotant et les gens s’en foutent. Certains ont l’impression que c’est une défectuosité», rend compte Jaclin Bisaillon, agriculteur dans le Haut-Richelieu et responsable du dossier de la sécurité routière à la Fédération de l’UPA de la Montérégie.

Lui aussi en voit de toutes les couleurs au volant de son tracteur dans son coin de pays. «C’est très dangereux sur les routes. On vit avec du stress. Des «fingers», je m’en fais faire», observe M. Bisaillon.

Même son de cloche du côté de l’UPA Des Sources dans la région de Sherbrooke. «Il est fréquent qu’un automobiliste tente de dépasser un véhicule agricole qui roule lentement, au moment où ce dernier veut tourner dans un champ ou une entrée située sur sa gauche», informe ce syndicat dans un communiqué.

On fait de grands efforts pour se faire voir. La population doit faire son bout de chemin – Jaclin Bisaillon

Efforts des agriculteurs

Les agriculteurs agissent pour améliorer la sécurité dans les routes rurales, fait valoir Jaclin Bisaillon. «C’est une préoccupation très présente. On a un comité de travail qui se penche là-dessus», informe Joëlle Jetté, porte-parole de l’UPA de la Montérégie.

Jaclin Bisaillon

L’organisme a donné des formations aux producteurs sur les mesures à prendre pour être plus visibles sur la route, illustre M. Bisaillon. Dans certains secteurs, des producteurs utilisent divers panneaux amovibles pour signaler un danger, la chaussée glissante ou des travaux agricoles à proximité. La formule a toutefois ses limites.

«Il est possible de faire des ententes avec les villes pour déployer des panneaux sur leurs routes mais l’affichage est très réglementé sur les routes provinciales. Les panneaux mobiles ne sont pas reconnus officiellement par le ministère des Transports», dit Mme Jetté.

Celle-ci précise que des discussions sont en cours avec le gouvernement pour faire reconnaître la signalisation temporaire sur les routes numérotées.

Période des récoltes

Les agriculteurs sont particulièrement actifs sur les routes à l’automne puisque c’est le temps des récoltes, rappelle la Sûreté du Québec dans un communiqué. Elle demande aux automobilistes d’éviter les dépassements dangereux de véhicules agricoles. Elle rappelle aussi que le Code de la sécurité routière «interdit à tout conducteur de laisser de laisser une matière quelconque se détacher du véhicule qu’il conduit», ce qui comprend la terre, le fumier ou autre.

L’UPA Des Sources dans la région de Sherbrooke offre cet automne aux producteurs de son territoire un panneau mobile qu’elle a fait fabriquer pour inciter les automobilistes à ne pas dépasser un véhicule agricole qui s’apprête à tourner à gauche. La signalisation est approuvée par le ministère des Transports.

 

Le syndicat Maskoutains Nord-Est, en Montérégie, a développé une signalisation dont l’objectif est de favoriser la cohabitation et le partage de la route, en collaboration avec le secteur municipal. «Ce type de panneau doit être enlevé et réinstallé tous les jours pour éviter l’habitude du champ visuel des usagers de la route. Il n’a pas encore été reconnu officiellement par le MTQ», fait part l’UPA de la Montérégie.
Le syndicat du Haut-Saint-Laurent a remporté un prix remis par l’UPA, en 2014, pour son projet de panneaux indiquant une chaussée glissante en raison de débris agricoles.