À vélo l’hiver

Par Michel Thibault
À vélo l’hiver
Mon chien Banffy inspecte mon nouveau véhicule. (Photo : Michel Thibault)

J’ai acheté un nouveau véhicule qui fonctionne au saumon à l’aneth, aux bananes, au brocoli et aux frites de patate douce.
À tout ce que je peux manger, quoi. C’est un vélo. Le modèle Opus Classico que j’ai choisi offre un maximum de confort pour se déplacer l’hiver.
Ses pneus quatre saisons adhèrent relativement bien aux surfaces enneigées. Ses ailes terminées par des garde-boue empêchent l’eau et la gadoue de me tracer une ligne dans le dos. Et, ô joie ! pas besoin de serrer les bas de pantalons pour les empêcher de subir un graissage indésirable ou pire encore : de se coincer dans la chaîne. Cet élément essentiel à la mobilité du bicycle s’anime sous un protecteur métallique.
Avant 2020, je n’avais jamais roulé à vélo en plein hiver. À force d’en voir de mes propres yeux pédaler sur les routes enneigées ou partiellement glacées de Châteauguay, je me suis dit que je devais bien être capable aussi. Je ne suis pas le seul à subir cette influence. Selon une récente étude menée par un chercheur de l’Université de Toronto, en collaboration, entre autres avec l’Université McGill, «Increasing cycling in Canada : A guide to what works» la pratique de la bicyclette pour se rendre au travail est en progression au Canada. Le taux reste faible mais il augmente significativement dans certaines communautés. «À certains endroits, plus de 20 % des gens pédalent pour se rendre au travail», observent les chercheurs. Montréal et Longueuil font partie des villes affichant la plus forte croissance du vélo-boulot entre 1996 et 2016 à travers le pays. Les taux respectifs sont de 1,4 % des travailleurs à 3,9 % à Montréal et de 0,9 % à 1,5 % à Longueuil.

J’avoue que se déplacer à vélo l’hiver représente son lot de défis.

À commencer par le froid. J’ai dû trouver des remplaçants à mes gants habituels après une de mes premières sorties. Mes doigts gelaient. Les rendant inhabiles à changer les vitesses et freiner efficacement.

Affronter la neige et la glace sur deux roues n’est pas de tout repos. C’est un exercice périlleux qui exige une vigilance de tous les instants.

La clé, c’est la douceur. Pédaler lentement, éviter les gestes brusques. Et s’habituer au roulement particulier de notre véhicule, qui dérape régulièrement.

Souvent, je l’avoue, je roule sur le trottoir. Effectivement, le Code de la sécurité routière l’interdit – «sauf en cas de nécessité ». Et la situation est bien telle boulevard D’Anjou. Avec la neige présente dans le maigre accotement, pédaler dans la rue est fort dangereux. Des voitures nous frôlent à quelques centimètres. C’est nécessaire de s’ôter du chemin pour rester en vie. Comme la loi l’exige, mais aussi le gros bon sens, je roule à basse vitesse sur le trottoir et j’accorde la priorité aux piétons. Je me tiens toujours prêt à arrêter au cas où une voiture se pointerait le nez pour sortir d’un stationnement.

Et ces fameux stationnements, il faut se méfier de la pente dans le trottoir qui permet d’y accéder. Ça fait parfois glisser la roue avant latéralement.

Après les grosses bordées, circuler à vélo s’apparentait à un parcours du combattant. L’épaisseur de neige m’obligeait à débarquer régulièrement. Certains jours, le vélo n’est clairement pas une option.

Je n’ai pas décidé d’aller travailler en pédalant le plus possible parce que c’est bon pour la santé ou pour sauver la planète. N’empêche, selon une étude européenne, un km parcouru par une voiture coûte 16 cents à la société alors qu’un km à vélo crée des bénéfices évalués à 28 cents.

Le plaisir est ma principale motivation. À vélo ou à pied, on a le temps d’apprécier le décor, on sent les odeurs, on entend les oiseaux, les bruits de la ville. Et c’est super facile de stationner quand on veut prendre une photo. Super pratique dans mon métier.

Plus il y aura de gens qui feront de la bicyclette quatre saisons, plus les autres usagers s’habitueront à en voir et la sécurité s’en trouvera améliorée. Des investissements dans les infrastructures seront peut-être aussi favorisés. Il existe des subventions pour acquérir un véhicule électrique. Pourquoi pas les vélos ?

Pour ceux qui voudraient troquer le volant pour les guidons, Vélo Québec a lancé une campagne pour favoriser la pratique du vélo l’hiver. Vous y trouverez entre autres des conseils de gens qui sont déjà des adeptes.

 

 

 

 

 

 

 

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