Ampil respect ou quand un Blanc parle créole

Par Michel Thibault
Ampil respect ou quand un Blanc parle créole
Les frères Stéphane et Michel Thibault promenant Banffy (Photo : Andrew Clark)

Ce samedi 8 juin est la «Fête des voisins». Dans 36 pays, des gens qui habitent le même quartier vont échanger et apprendre à se connaître. Une célébration internationale, donc. À Châteauguay, nous avons la chance de pouvoir découvrir la planète sans aller très loin. La présence d’enfants provenant de 20 pays différents dans une classe d’une école de la ville en témoigne. La meilleure façon de faire connaissance avec ses voisins, c’est à  pied. Comme le montre bien ce qui suit.

Avant le souper, l’autre jour, moi et mon frère Stéphane papotions en marchant le long de la rivière Châteauguay en compagnie de la belle Banffy. Un jeune Noir avançait vers nous, un téléphone collé à l’oreille. Il a interrompu la communication et s’est arrêté pour nous interpeller :«Avez-vous une cigarette ?»

« Le jeune homme paraissait vraiment touché qu’un Québécois de 55 ans connaisse sa langue, son coin de pays»

 

Affirmatif. «De quelle origine êtes-vous ?» lui ai-je demandé. «Haïti», il a répondu. «Sak pasé ?» lui a lancé mon frère. Ces paroles créoles signifient «comment ça va ?». Les deux ont jasé un moment dans cette langue. Un moment donné, le garçon a placé son poing devant son cœur et a fait un petit geste vers Stéphane en disant : «Respect». Puis, bonsoir, il a continué à marcher.

J’ai demandé à Stéphane de me traduire leur conversation. Alors, «S» c’est Stéphane et «L» le garçon haïtien.

S : Tu viens d’Haïti ?

L : Oui. Pourquoi tu parles créole ?

S : J’ai vécu 8ans1/2 en Haïti ! Combien de temps tu vis à Châteaugay ?

L : 17 ans.

S : Tu aimes le pays ?

L : Oui !

S : De quel coin d’Haïti tu viens?

L : Pétion-ville !

S : Je connais toute Pétion-ville c’est là que j’ai vécu.

L : C’est drôle qu’un Blanc parle notre langue, respect.

Le jeune homme paraissait vraiment touché qu’un Québécois de 55 ans connaisse sa langue, son coin de pays.

Cuisinier puis gérant d’un restaurant du nom de Pizza Palace à Pétion-Ville, Stéphane a appris le créole en immersion sur place. «Je trouvais ça important de parler la langue du pays. Mais ça n’a pas été facile. Après trois ans, je pouvais le comprendre mais pas le parler. Ça a pris trois ans de plus pour le parler», explique-t-il. Plusieurs ressortissants étrangers ne parlent pas créole même après plusieurs années.

Pour le peu que j’en sais, je trouve le créole très imagé. J’adore l’expression avoir «grangou», qui veut dire «très faim»; «ampil» qui signifie beaucoup comme y «i gen ampil la pli».

Son expérience haïtienne ouvre à mon frère des horizons particuliers au Québec. «C’est ma richesse», dit-il. Bien sûr, il y a le plaisir de partager avec les gens d’origine haïtienne et de les surprendre agréablement. Aussi avec des Blancs, nombreux, qui adorent le pays de Dany Laferrière. «Mercredi, j’ai croisé un policier qui a servi en Haïti. On aurait pu discuter pendant des heures», assure Stéphane.

Comme quoi, avoir «grangou» pour la culture de l’autre, ça fournit des points de contacts positifs entre humains, ça procure «ampil» de beaux souvenirs !

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