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Sa mission : aider les gens âgés mal pris

vendredi le 11 juin 2021
Modifié à 8 h 43 min le 11 juin 2021
Par Michel Thibault

Isabelle Bélanger, intervenante de milieu au Centre d'action bénévole du Grand Châteauguay. (Photo gracieuseté)

Frappé par le cancer, un homme âgé de la région a bien failli se retrouver à la rue.

Avec la facture des médicaments, le coût des déplacements à l’hôpital, les frais de stationnement, il a pris du retard dans son loyer. Au point de se faire expulser. « Un homme qui a travaillé toute sa vie ! Il se retrouvait à la rue avec ses quatre chats ! » déplore Isabelle Bélanger. Grâce à elle, le monsieur habite maintenant une maison de chambres. Des aînés mal pris comme lui, Mme Bélanger en aide au quotidien dans la région. C’est sa profession. À l’emploi du Centre d’action bénévole du Grand Châteauguay, elle est intervenante de « milieu ». Ça signifie qu’elle va chez les gens. Elle œuvre en collaboration avec les médecins, la police, les travailleurs sociaux, l’hôpital, plusieurs organismes communautaires. Six ou sept personnes âgées de 50 ans et plus reçoivent sa visite chaque semaine. Elle téléphone aussi à une vingtaine de personnes. « La plupart habitent seuls. Ils peuvent vivre de l’isolement, de la maltraitance, de la violence conjugale », fait-elle part. Les deux-tiers sont des femmes. Ils habitent Châteauguay, Léry, Mercier, Saint-Isidore, Sainte-Martine, Saint-Urbain-Premier.
Plusieurs se retrouvent dans la misère après s’être blessés à la maison. « Ils deviennent invalides. Une rente d’invalidité, ce n’est pas grand-chose. Ils ne peuvent plus payer leur nourriture. Alors on les met en contact avec la Rencontre châteauguoise qui leur offre des légumes et des produits frais », fait part l’intervenante.


Vivre avec presque rien
La pénurie de logements à prix abordables fait mal, constate-t-elle. « Je vois des gens qui vivent avec presque rien. Ça prend énormément de temps avoir un logement subventionné dans la région. C’est long quatre ans. Ils sont dépressifs. Certains sont suicidaires. »
Souvent, elle fait le nécessaire pour que les gens puissent demeurer dans leur maison plus longtemps. Elle s’arrange pour qu’ils obtiennent l’aide à domicile du CLSC, les réfère à Coup de pouce des Moissons pour le ménage. « On met en place l’aide nécessaire pour leur permettre de vivre dignement chez eux le plus longtemps possible », souligne Isabelle.
Parmi ses protégés, il y a cet homme de 85 ans qui perd ses capacités cognitives. « On lui a trouvé une résidence. On a organisé plein de choses pour le déménager. On s’organise pour qu’il continue à vivre dans la dignité.»

Elle a aidé un moment donné un homme victime de violence conjugale. « On lui a trouvé un logement à loyer modique. On lui a trouvé des meubles. Je vais le revoir occasionnellement pour parler de l’estime de soi. On essaie de redonner aux gens le pouvoir d’agir dans leur vie », explique Isabelle Bélanger.
Elle témoigne une grande reconnaissance envers les organismes avec lesquels elle a tissé des liens depuis quatre ans et demi comme le Centre communautaire de Châteauguay, la Société Saint-Vincent-de-Paul du Grand Châteauguay et Entraide Mercier. « J’ai le bonheur de travailler avec ces gens-là. On est chanceux. Les gens sont très généreux dans la région », apprécie-t-elle.


Aide d’urgence
L’ange gardien aimerait néanmoins pouvoir compter sur un bas de laine, un fonds d’urgence pour régler rapidement certains problèmes urgents. Comme celui d’une dame de 75 ans qui a fait de l’entretien ménager dans des bureaux pendant 51 ans. « Ses dentiers sont complètement finis. Elle ne peut plus mastiquer. Elle ne mange que de la purée. En plus elle est diabétique », se désole Isabelle Bélanger. Des prothèses neuves coûteraient 2600 $. « Elle vit avec 1700 $ par mois. Son loyer lui coûte 800 ou 900 $. Elle n’a pas les moyens », souligne-t-elle. Elle a contacté la Clinique de denturologie du Cégep Édouard-Monpetit à Longueuil qui offre de « retrouver le sourire à moindre prix ». « Il n’y avait pas de disponibilité avant septembre et il aurait fallu que la dame se déplace 12 fois », mentionne Isabelle.
L’absence de prothèses affecte l’alimentation de la femme mais aussi son estime de soi. « Elle a honte de ça. Elle en parlait avec beaucoup de gêne », confie l’intervenante.
« Si les gens pouvaient se mobiliser, avoir un fonds d’urgence, ça serait mon rêve ! », assure-t-elle.

Les personnes intéressées à contribuer à la création d'un fonds d'entraide peuvent téléphoner au 450 691-6682.

Difficile

Bien sûr, Isabelle Bélanger est fière de faire une différence dans la vie des gens. Elle s'en fait aussi beaucoup. "C'est quand même difficile de voir toute cette souffrance-là. Souvent, je me sens impuissante", confie-t-elle. 

Le Québec compte 160 intervenantes de milieu oeuvrant comme elle dans le cadre du programme Initiatives de travail de milieu auprès des aînés en situation de vulnérabilité (ITMAV), soutenu par le ministère de la Famille.

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