La remise en forme d’un miraculé

Par Hélène Gingras
La remise en forme d’un miraculé
Matéo Corrales inspire par sa détermination et son courage. (Photo : Denis Germain)

Mateo Corrales a couru 5 km au profit de la Fondation du CHU Sainte-Justine le 20 juin. Il n’y a là, en apparence, rien d’exceptionnel. Et si on vous disait que l’élève de 17 ans du collège Durocher Saint-Lambert a dû réapprendre à marcher il y a quelques mois, à la suite d’un terrible accident qui l’a brûlé sur plus de la moitié de son corps?

«Je voulais revenir en forme comme avant», raconte humblement l’adolescent, qui a aussi dû se battre avec la balance pour retrouver son poids en santé.

Mateo Corrales (Photo: Denis Germain – Le Courrier du Sud)

Avant d’être électrocuté, Mateo pesait 135 livres. Il a ensuite perdu toute masse musculaire pour chuter à 105 livres. Puis, soumis à une diète d’environ 4000 calories par jour à l’hôpital, parce que son système se regénérait et qu’il dépensait autant d’énergie qu’un marathonien, il s’est remplumé. Trop, même, à cause de son immobilisme et des médicaments, notamment. Il a alors frôlé les 200 livres.

Sportif accompli et athlète émérite, Mateo n’a pas pu recommencer à bouger, à réapprendre à marcher et à se brosser les dents avant septembre dernier, soit 13 mois après son accident, puisque ses plaies n’étaient pas complètement cicatrisées avant.

«Il a vraiment travaillé fort, confie son père, Gustavo Corrales. Au début, il ne pouvait même pas monter une petite marche et la redescendre avec une jambe. Ça lui demandait un gros effort.»

À force de courage, de détermination et de l’aide de professionnels – kinésiologue, ergothérapeute et physiothérapeute –, Mateo s’est mis au travail, sans relâche. Il a aujourd’hui retrouvé son poids santé.

Il s’est aussi remis à l’entraînement et a repris la forme à «98%», évalue celui qui court 5 km en 22 minutes actuellement, plutôt qu’en 19-20 minutes avant son accident.

«Je ne savais pas avant l’accident que j’avais une telle force de caractère.»

-Matéo Corrales

Redonner et finir son secondaire en beauté

Matéo Corrales a été brûlé sur plus de la moitié de son corps

Avant que la pandémie ne bouscule ses plans, l’adepte de soccer et futsal devait être l’ambassadeur du Défi-jeunesse du collège Durocher au profit de la Fondation du CHU Sainte-Justine. Qu’à cela ne tienne, il a décidé de courir 5 km et d’en faire une campagne de financement.

Grâce au soutien de la population, Mateo Corrales a récolté plus de 28 000$ pour la fondation de cet hôpital montréalais qui l’a grandement soutenu pendant sa maladie et sa réhabilitation. Devant l’engouement de son histoire, qui a fait les manchettes partout, son objectif a été revu à la hausse à plusieurs reprises.

«Ils m’ont sauvé la vie», dit-il pour justifier son geste.

L’animateur et humoriste Jay Du Temple a même couru les deux derniers kilomètres à ses côtés. C’est une des nombreuses surprises qui attendaient celui qui s’est exécuté entre les deux pavillons de l’école, sous le coup de 10h. Avant son départ, il a eu droit à une vidéo d’encouragement enregistrée par le gardien de but de l’Impact Evan Bush.

Plus tôt durant la semaine, son collège et ses pairs ont souligné ses efforts et sa force de caractère en le nommant Personnalité masculine de l’année. De plus, le résident de Candiac a été élu parmi les 10 finissants du Québec dans le cadre du Bal Mammouth; un prix assorti d’une bourse de 1000$ commanditée par Desjardins.

Le finissant, lui aussi privé de bal en raison de la pandémie, a également réussi l’exploit de terminer son secondaire en même temps que ses amis. Pour ce faire, il a dû, là aussi, mettre les bouchées doubles, voire triples, pour étudier à la maison pendant sa réhabilitation avant de pouvoir retourner en classe en septembre 2019.

L’expérience l’a changé à jamais. Mateo veut désormais devenir physiothérapeute.

Une source d’inspiration et de motivation

Racontée par le CHU et différents médias, l’histoire de Matéo Corrales fait le tour du monde tant elle dégage de l’espoir et du courage, mais également parce qu’elle tient du miracle.

Matéo a subi une décharge électrique de 25 000 volts alors qu’il tentait de redescendre en catimini avec ses amis du toit d’une usine abandonnée à Candiac, le 26 août 2018. Dans le noir, il n’a pas vu la zone de haute tension. Il aurait été touché par un arc électrique. Il a ensuite chuté de 18 pieds dans cette zone dangereuse. Ses vêtements ont littéralement fondu sur lui. Il n’a jamais perdu connaissance malgré l’insupportable douleur.

Il s’en est suivi une hospitalisation de quatre mois et neuf opérations. Dans les quatre premières semaines, sa vie tenait à un fil. Elles ont été ponctuées de deux arrêts cardio-respiratoires. Brûlé au thorax, au haut du dos, aux bras et aux jambes, il a subi de multiples greffes de peau. Il est parmi les trois cas les plus graves traités depuis 10 ans à l’hôpital pédiatrique montréalais.

«C’est inimaginable et inhumain ce qu’il a vécu», laisse tomber son père.

Mateo avec son frère et sa soeur lors de son hospitalisation
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