Le maire de Beauharnois réplique aux critiques

Le maire de Beauharnois réplique aux critiques

Bruno Tremblay

Le maire de Beauharnois Bruno Tremblay a répliqué aux reproches de son prédécesseur Claude Haineault exprimés à la suite de critiques à l’endroit de son administration.

Au moment de présenter les états financiers de l’année 2017, en juin, le maire Tremblay a exposé que le portrait n’était pas aussi rose que le laissait entendre M. Haineault avant de prendre sa retraite en novembre. Il a dénoncé l’obligation pour la municipalité de puiser 3,9 M$ dans son surplus pour boucler l’année 2017, des revenus de ventes de terrain surestimés et les explosions de coûts de divers projets.

Le maire Haineault a réagi en défendant farouchement son bilan et en reprochant, entre autres, à M. Tremblay d’être négatif et de «gérer à la petite semaine». Il a soutenu que les terrains du parc industriel non vendus en 2017 comme prévu le seraient tôt ou tard et que la Ville en tirerait des revenus suffisants pour rembourser ses emprunts. Il a exhorté le conseil actuel à «travailler» pour y arriver. Il a aussi plaidé pour le développement des champs Perras, un vaste espace vacant appartenant à une dame Perras, pour accueillir les éventuels employés d’Ikea. «Si on rouvre pas des terrains, si on ne fait pas de développement, si on n’amène pas des promoteurs à investir, on ne pourra pas les loger, ce monde-là va aller ailleurs et il n’y en aura pas d’autres investissements», arguait Claude Haineault.

Il exhortait M. Tremblay à «dire ce qu’il veut faire».

Croissance des dépenses

Bruno Tremblay a profité de l’assemblée publique du conseil de Beauharnois de juillet pour réitérer ses inquiétudes à l’égard des coffres de la Ville et parler de son plan.

«Oui, nous avons une croissance au niveau des revenus mais nous avons aussi une croissance extraordinaire au niveau des dépenses. Juste au niveau de l’exploitation, les deux dernières années, les dépenses se sont accrues de 4 M $ par année. Nous sommes passés de 15 M $ à 19 M $ à 23 M $. Les salaires ont augmenté de 1,3 M $ et de 1,9 M $ au cours des deux dernières années. Je suis d’accord avec M. Haineault que nous avions besoin de ressources supplémentaires à la Ville. Mais je pense qu’on a peut-être un peu mis la charrue en avant des bœufs. Et la dette est passée au cours de toutes ces années-là, de 2009 à 2017, de 8 M $ à 53 M $», a-t-il exposé. S’ajouteront les emprunts pour les investissements dans l’épuration des eaux, les installations de la Régie Beau-Château et le futur poste de police, a observé le maire Tremblay.

Vente de terrains

Bruno Tremblay a rappelé que les surplus de la Ville sont liés à la vente de terrains pour lesquels la municipalité s’est endettée de 28 M $. «On ne peut pas vraiment parler de surplus tant qu’à moi. Et je réitère que le règlement d’emprunt prévoyait que toute vente de terrain devait minimalement servir à couvrir les frais d’acquisition de ceux-ci auprès d’Hydro-Québec, qui étaient de 9,2 M $. Ce qui n’a pas été fait», a-t-il affirmé.

La Ville n’a pas les moyens de corriger la situation, a-t-il précisé en entrevue, l’argent ayant servi à payer d’autres activités de la Ville. «Si l’argent était dans les coffres, on aurait fait le transfert. On aurait corrigé rapidement mais on n’a pas l’argent», a indiqué le maire Tremblay au Soleil de Châteauguay.

Le premier magistrat doute que la vente de terrains supplémentaires comble les besoins financiers de la municipalité. «Actuellement, il reste 4,8 millions de pieds carrés d’Hydro-Québec à vendre et un million de pieds carrés de ce que nous avons hérité de la part de Rio Tinto Alcan. Au prix annoncé de 3.50 à 3.75 $ le pied carré, c’est des revenus de tout au plus 20 M $ qui sont disponibles et non pas 25. Et encore faut-il les vendre. Oui, on a des demandes, mais pas de l’ordre que celle que M. Haineault veut bien décrire dans son message», a mentionné Bruno Tremblay.

«Serons-nous en mesure de rembourser le prêt à échéance ? Avec le remboursement en cours, je peux vous dire que le solde en 2022 sera de 25,8 M $. Je vous laisse deviner.»

Gaz naturel

Le maire s’est dit d’accord avec la décision de l’administration précédente de doter le parc industriel du gaz naturel en investissant 4 M $ que remboursera Énergir, nouveau nom de Gaz Métro. «Nous avons aussi un compte à recevoir de 4 M $ pour le gaz naturel dans le parc industriel remboursable en cinq ans, selon les ventes d’Énergir. C’est une décision d’affaire que je partage. Je suis d’accord qu’on ait passé le gaz naturel pour fournir nos installations du parc industriel. La seule chose, c’est que je ne peux pas compter sur ces revenus-là actuellement. Donc, j’espère juste que le remboursement sera au rendez-vous», a dit Bruno Tremblay.

Nouvelles constructions

Des revenus supplémentaires proviendront des nouvelles constructions, reconnaît-il, mais il est difficile de fixer les retombées avec précision, a-t-il considéré. Il a cité en exemple le complexe commercial Espace 30 où des investissements de 45 M $ en nouveaux commerces étaient escomptés avant 2017. «Nous avons eu notre première construction en 2018», a souligné Bruno Tremblay. «Faut arrêter de prendre les prévisions pour des réalités. Et on ne peut pas compter l’argent deux fois, soit pour le remboursement de la dette et les dépenses anticipés», a-t-il martelé.

Ikea levier

Le centre de distribution d’Ikea en construction à Beauharnois, qui représente un investissement de 160 M $, constitue un atout majeur pour la Ville, reconnaît Bruno Tremblay. «C’est un projet d’envergure. C’est clair qu’Ikea aura un effet de levier. On est bénis des dieux là-dessus. Quand les gens vont voir ça, c’est sûr que ça va sonner des cloches aux investisseurs», a fait part le maire Tremblay en entrevue.

Claude Haineault avait indiqué que des fournisseurs du géant suédois étaient intéressés à s’établir à Beauharnois. «Aucun fournisseur d’Ikea n’a sonné à notre porte. J’aurais aimé avoir une liste», a noté le maire Tremblay.

Plan financier

En assemblée, il a réitéré : «Comme annoncé, nous allons devoir revoir notre planification financière à court, moyen et long terme si on veut assurer le remboursement des engagements déjà pris pour poursuivre le développement entamé avec nos capacités financières réelles. Pour ce faire, nous devrons suivre avec rigueur nos indicateurs financiers.»

Bruno Tremblay a reproché à son prédécesseur d’avoir «gonflé» des chiffres. «M. Haineault a mentionné 50 M $ pour le projet Harden. Bien l’évaluation foncière en date d’aujourd’hui est 30,6 M $. Faut juste donner l’heure juste, encore une fois», a-t-il observé.

Contrairement à ce qu’indiquait M. Haineault, la Ville n’a pas perdu le seul employé qui détenait une licence d’entrepreneur général avec le départ de l’ex-directrice générale Julie Fortin, selon Bruno Tremblay. «Concernant le complexe aquatique et la marina, je corrigerai M. Haineault simplement en mentionnant que Mme Fortin n’était pas la seule détentrice d’une licence comme entrepreneure générale. Nous avons aussi une personne du côté du génie et une personne du côté des travaux publics, ce qui nous permet de poursuivre nos travaux», a-t-il informé.

Contrat annulé

Au sujet de la marina, que la Ville a décidé de réaliser elle-même après avoir annulé un contrat avec un entrepreneur, Bruno Tremblay a réfuté les motifs mentionnés au printemps 2017. «Un autre élément concerne la marina. Je vous invite à écouter la séance de mars 2017 à la 17e minute, on annule le contrat en invoquant que l’entrepreneur retenu ne pouvait respecter sa soumission retenue compte tenu des délais. Bien c’est faux. L’entrepreneur a communiqué avec la Ville en 2015 pour confirmer son prix et en 2016 la Ville lui a fait une relance, l’entrepreneur a encore confirmé son prix. Lorsque nous avons annulé son contrat en 2017, on ne l’a même pas appelé. On ne lui a jamais dit. Et j’en ai la preuve encore une fois», a exposé Bruno Tremblay, toujours à l’assemblée du conseil de juillet.

Pas 20 000 en 2020

L’ancien maire Haineault visait une population de 20 000 âmes en 2020 pour Beauharnois. «Nous avons une population de 13 100 personnes et non de 20 000. Nous maintenons cet objectif, mais force est de constater que ce ne sera pas en 2020», a nuancé le maire Tremblay.

Il a observé que tout nouveau développement résidentiel majeur était impossible avant la mise à niveau du réseau d’épuration des eaux usées de la municipalité. Et que c’était désormais la priorité de la Ville.

Le maire a observé que le processus était en marche mais souffrait de plusieurs retards, qu’il impute à la municipalité. «On peut bien acheter les champs Perras mais, actuellement, on ne serait pas en mesure de les desservir», a soutenu Bruno Tremblay. Pas question de laisser bâtir des maisons qui ne pourraient être raccordées à l’égout, a-t-il laissé entendre. «On va y aller dans l’ordre», a-t-il souligné.

Dans l’état actuel des choses, le ministère de l’Environnement n’autorise pas le prolongement du réseau d’égout. «Le ministère de l’Environnement n’autorise pas de prolonger le réseau vu que la Ville n’a pas encore respecté les engagements pris. Nos usines d’épuration sont à saturation et nous avons plusieurs déficiences à corriger avant d’obtenir nos certificats d’autorisation pour extensionner notre réseau. Même chose du côté de la filtration. Je veux bien travailler mais je ne peux pas ramer à contre-courant non plus», a exposé le maire, faisant référence à la remarque de Claude Haineault invitant le nouveau conseil à «travailler».

«Avant de me lancer la balle, a ajouté Bruno Tremblay, encore aurait-il fallu que les engagements pris dans le Faubourg du canal aient été respectés et j’en veux, comme exemple, une lettre fort éloquente du ministère du mois de juin 2016. Le ministère pointe du doigt plusieurs retards notamment à l’égard de la mise à niveau de stations d’épuration de ce secteur, retard de plus de 9 mois sur le dernier échéancier. Initialement la demande de certificat d’autorisation devait être déposée en janvier 2014. On en est encore à essayer de respecter nos engagements de 2012 et de 2015 et ce n’est pas parce qu’on ne travaille pas. Je vois les gens du service d’ingénierie comment ils se désâment pour y arriver mais on ne peut pas y arriver plus vite malheureusement, autant du côté du ministère que notre capacité à réaliser l’ensemble de ces travaux-là»

La Ville s’emploiera ainsi désormais à élaborer un plan directeur du développement stratégique de ses infrastructures, a assuré le maire Tremblay.

«On m’accuse de gérer à la petite semaine, j’avoue que j’aimerais mieux mettre mes énergies ailleurs que sur ce que je viens d’énumérer. Je veux bien ne pas attaquer la crédibilité de M. Haineault mais qu’il n’attaque pas la mienne non plus. On va continuer à œuvrer au développement de Beauharnois», a conclu M. Tremblay en assemblée. Son allocution a été accueillie par des applaudissements de l’assistance.

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