Niveau de détresse psychologique important chez les enseignants du Collège de Valleyfield

Éric Tremblay
Niveau de détresse psychologique important chez les enseignants du Collège de Valleyfield
Le Collège de Valleyfield. (Photo : Journal Saint-François Archives)

Soixante-treize des 75 enseignants du Collège de Valleyfield qui ont répondu à un sondage sur la surcharge de travail ont indiqué ressentir un niveau de détresse psychologique important ou élevé. Le syndicat demande que les groupes comprennent moins d’élèves ou que les enseignants aient moins de groupes pour alléger leurs diverses tâches d’enseignement. 

«Ce que nous demandons, ce n’est pas une indemnisation financière, souligne Chantal Malouin, présidente du Syndicat des enseignants et enseignantes du Collège de Valleyfield (SEECV). Nous demandons du temps. Le temps de préparer correctement nos cours. Le temps d’encadrer adéquatement nos étudiants. Le temps de les évaluer équitablement. Et le temps de ne pas être en détresse psychologique élevée. »

Mme Malouin répète que depuis le mois de mars, les enseignants ont travaillé d’arrache-pied. D’abord pour sauver la session d’hiver. Puis pour préparer celle qui est en cours. Des semaines d’enseignements en mode virtuel. «La situation est super difficile pour les profs, insiste-t-elle. Enseigner à distance les prive beaucoup de leurs repères. Souvent le système de l’école tombe ou bien les mauvaises connexions Internet ralentissent le cours. Sans compter que c’est démoralisant enseigner à des « carrées noirs ».»

Par «carrées noirs», elle parle des étudiants qui ferment la caméra de leur ordinateur. Et parfois le micro. Pas de son, pas d’image. Mme Malouin affirme que de ses collègues n’ont jamais vu le visage de certains étudiants. Ainsi, un enseignant qui a quatre groupes, donc environ 140 étudiants, doit travailler plus fort. Il doit adapter ses apprentissages pour les offrir en ligne. Multiplier les évaluations pour donner une chance à tous de réussir. Sans compter la correction et l’encadrement de stage.

«Je parle aux autres profs et certains s’effondrent en larme, révèle-t-elle. La situation est difficile. On a observé des retraites hâtives, ce qui est inhabituel dans le réseau. »

Des demandes précises

Le SEECV est allé présenter cette situation  lors de l’assemblée du conseil d’administration du mois d’octobre. Deux demandes de soutien ont été formulées. La première d’ordre matérielle où on demande le remboursement des achats de papier, crayon et encre pour les enseignants qui ont travaillé de leur domicile.

La deuxième vise la réduction du nombre d’élèves par groupe ou que chaque enseignant ait moins de groupe à sa charge. «Ce sont les conditions de travail des profs qui déterminent, plus que jamais, les conditions d’apprentissage des étudiants, affirme Mme Malouin. Si les circonstances sanitaires actuelles commandent un enseignement hybride ou en ligne, OK, nous ferons avec. Mais il faut soutenir concrètement les profs et les étudiants pour qu’ils obtiennent des conditions propices à l’adaptation des cours et à un encadrement adéquat et suffisant. »

Le Collège préoccupé

La direction du Collège est sensible aux préoccupations des enseignants. Elle reconnaît que les conditions de travail des enseignants et celles d’apprentissage pour les élèves n’ont rien de facile en temps de pandémie.
Aux actions déjà posées cet été, le Collège informe que le montant de 287 849 $ reçu du ministère en début de session permettra d’embaucher d’environ six équivalents temps complet (ETC) cet hiver. S’ajoutent aussi trois ETC à même le budget de fonctionnement de l’établissement collégial. «Les ressources ont été dédiées là où c’était jugé prioritaire, de concert avec les départements d’enseignement, permettant d’assurer, entre autres, plus de temps pour l’encadrement des étudiants par la diminution, dans certains cours, du nombre d’étudiants par enseignant, et pour le soutien à l’aide à la réussite, indique Marc Rémillard, directeur général du Collège de Valleyfield. Des sommes ont servi aussi aux coordinations des départements d’enseignement, à davantage d’encadrement pour l’organisation et la tenue des stages ainsi que pour favoriser la diplomation de secteurs ciblés prioritaires pour venir en soutien aux équipes des travailleurs impactés par la pandémie.»

La direction du Collège est en cours d’analyse pour la distribution de la part du 35 M $ d’investissement dans le réseau collégial annoncé le 23 novembre. Mais on indique que la somme sera utilisée pour soutenir la charge enseignante et ainsi, favoriser la persévérance et la réussite des étudiants.

Au-delà des ressources, il y a un souci que les services offerts aux étudiants puissent être en mesure de répondre à leurs besoins. La session d’hiver sera toujours en mode hybride, mais avec une offre de cours et d’activités bonifiée et révisée afin de permettre, lorsque possible, davantage de contacts en présence.

Des communications seront aussi faites afin d’améliorer les pratiques de cours à distance.

«La réussite et la santé de nos étudiants ainsi que de l’ensemble de notre communauté collégiale sont au cœur de nos priorités, tant pour le conseil d’administration que pour l’ensemble des directions, assure M. Rémillard. Nous continuerons de suivre ce dossier de près et d’y travailler avec tous les intervenants impliqués, dont les représentants syndicaux. »

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