Pénurie de main-d’oeuvre : terminer ses études ou travailler maintenant ?

Par Audrey Leduc-Brodeur
Pénurie de main-d’oeuvre : terminer ses études ou travailler maintenant ?
Christophe Couture est l’un de ceux qui refusent d’entrer sur le marché du travail sans diplôme. (Photo : Denis Germain)

Des élèves de la formation professionnelle abandonnent leurs cours avant de les avoir complétés pour entrer plus rapidement sur le marché du travail. Préoccupée par cette problématique, la Commission scolaire des Grandes-Seigneuries (CSDGS) se dit en mode solution.

La pénurie criante de main-d’œuvre dans des secteurs qui requièrent une formation professionnelle laisse croire que jeunes et adultes se bousculent dans ces programmes pour obtenir facilement un emploi, mais c’est tout le contraire, a constaté Marie-Louise Kerneïs, présidente de la CSDGS.

«Au programme de pose de revêtements de toiture, nous avions généralement deux groupes d’une vingtaine d’étudiants par année. Maintenant, nous avons assez d’inscriptions pour n’en faire qu’un seul», donne-t-elle en guise d’exemple.

Les employeurs s’arrachent les étudiants pour combler les postes vacants, avant même qu’ils aient terminé leur formation. Le diplôme d’études professionnelles n’étant pas obligatoire dans tous les domaines, ils reçoivent des offres d’emploi avec la promesse de leur employeur de les former.

«C’est très fréquent dans le milieu de la construction. Seule la formation de santé et sécurité au travail est nécessaire. La tentation est là pour les étudiants pour faire de l’argent rapidement», explique Mme Kerneïs.

Bien que cette voie semble alléchante, la présidente de la CSDGS rappelle qu’elle pourrait coûter cher à long terme.

«Sans diplôme, le futur est hypothétique, affirme-t-elle. Une formation dans le milieu de travail n’est pas reconnue dans un CV. La formation à l’école permet d’apprendre toutes les façons de faire plutôt qu’une seule, celle que l’employeur veut que l’employé apprenne. C’est difficile pour ce dernier de progresser dans son travail.»

Pas une option

Étudiant au programme de carrosserie au Centre de formation Compétence Rive-Sud à La Prairie, Christophe Couture est du même avis. Aucun employeur ne l’a approché personnellement pour lui proposer un poste, mais si cela était le cas, il n’hésiterait pas à refuser l’offre, affirme-t-il.

«Si je suis engagé par une entreprise et que celle-ci ferme ses portes ou coupe mon poste, je vais me retrouver sans emploi et sans diplôme. Les autres employeurs pourraient exiger des études comme critère d’embauche», fait valoir le jeune homme de 23 ans.

Les nombreux cours théoriques du programme qu’il avait entamé au cégep l’ont découragé de compléter ses études collégiales.

«La formation professionnelle me permet de tout faire à mon rythme. Les cours sont individuels et non en groupe», explique le résident de Sherrington.

Il reconnaît qu’il est parfois difficile de concilier le travail à temps partiel et la scolarité à temps plein. Néanmoins, il ne quittera pas pour autant ce programme «qu’il adore».

«J’ai mis beaucoup d’efforts dans mes études au DEP depuis que j’ai commencé en août. Je ne vais pas abandonner avant d’avoir terminé», soutient-il.

Collaborer avec les employeurs

Selon Mme Kerneïs, la solution passe inévitablement par la collaboration avec les employeurs. Les étudiants inscrits dans les quatre programmes suivants pourront planifier leur horaire avec leur employeur pour faire l’alternance travail-études: conseil technique en entretien et en réparation de véhicules, conseil et vente de pièces d’équipement motorisé, serrurerie et installation et entretien de systèmes de sécurité.

«Ce sera plus long, mais les étudiants pourront travailler en même temps», explique-t-elle.

La commission scolaire est également en discussion avec des organisations pour offrir des stages rémunérés dans les programmes de carrosserie et d’assistance à la personne en établissement et à domicile.

117 700

-La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante a évalué à 117 700 le nombre de postes vacants dans le secteur privé au Québec à la fin 2018.

-Parmi les programmes offerts par la CSDGS, seuls la serrurerie et l’assistance à la personne en établissement et à domicile doivent obligatoirement être complétés pour pratiquer le métier, puisque ce sont des domaines sensibles.

«C’est facile de se trouver un emploi au départ, mais sans diplôme, la suite sera difficile.» -Marie-Louise Kerneïs, présidente de la CSDGS

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