Premières Nations : pour Ian Lafrenière, « la réconciliation passe par la communication »

Par Geneviève Michaud
Premières Nations : pour Ian Lafrenière, « la réconciliation passe par la communication »
Le ministre des Affaires autochtones Ian Lafrenière (Photo : Capture d'écran)

Nommé ministre des Affaires autochtones alors que le climat entre le gouvernement et les Premières Nations est particulièrement tendu, Ian Lafrenière entend miser sur la communication et sur l’action.

«Je vois mon rôle comme celui d’un facilitateur de contact entre les communautés autochtones et le gouvernement, explique-t-il à Gravité Média. Il faut que tous les ministères soient concernés par la question des Premières Nations. C’est comme pour l’environnement, qui ne peut se retrouver seulement au centre des actions du ministère de l’Environnement.»

«Les gens dans les communautés veulent améliorer leur sort, poursuit-il. S’ils me contactent, je ne peux pas les envoyer à un autre ministère dépendant de leur problème, de leur question; je dois faire le pont.»

C’est donc pour favoriser ce travail d’équipe que le premier geste du député de Vachon comme ministre aura été d’envoyer un message à l’ensemble des députés, des porte-paroles de l’opposition et même à ses homologues fédéraux.

«Je leur ai dit que j’avais besoin de leur aide. C’est un dossier qui ne doit pas être partisan. Il faut qu’on travaille tous ensemble, et aussi avec le fédéral. Il ne faut pas que ça devienne une question de juridiction.»

M. Lafrenière a ensuite pris contact avec le chef de chacune des 55 nations autochtones de la province.

«Ma priorité était de leur parler, pour établir un lien, assure-t-il, précisant qu’il n’avait pas encore pu s’entretenir avec chacun d’entre eux. Plusieurs étaient contents de voir que j’étais disponible pour eux, que je suis accessible.»

«Pour moi, la réconciliation passe par la communication, poursuit-il. On ne sera pas toujours d’accord, mais c’est dans ces cas-là où la communication est la plus importante.»

Nomination inattendue

De son propre aveu, Ian Lafrenière ne s’attendait pas à sa nomination comme ministre des Affaires autochtones.

«Je suis très très heureux et flatté de la confiance que m’a démontré le premier ministre, répond le député de Vachon, quand on lui demande comment il a accueilli la nouvelle. Mais je suis aussi déchiré parce que je connais très bien Sylvie [D’Amours, la ministre sortante]; c’est une dame de cœur, qui voulait vraiment faire une différence.»

Dès l’annonce de sa nomination, le 9 octobre, plusieurs intervenants ont remis en question le choix d’un policier de carrière pour diriger un tel ministère.

«C’est pourtant comme policier que je me suis intéressé au dossiers des affaires autochtones en premier lieu», explique M. Lafrenière.

Alors qu’il œuvrait au sein du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), le nouveau ministre a eu à entrer en contact avec différentes communautés autochtones.

«J’ai alors réalisé qu’il y avait beaucoup de méconnaissance de la réalité de ces communautés au sein du SPVM et de la société.»

C’est pour combattre cette méconnaissance que Ian Lafrenière s’est rendu au sein d’une communauté, puis a produit une série de vidéos pour faire connaître les réalités et enjeux des Premières Nations aux forces du SPVM. Son travail a également mené à une «entente historique» de collaboration entre le Service de police et l’organisation RÉSEAU, qui regroupe les organismes de services aux Autochtones de Montréal.

Donner suite au rapport Viens

Conscient que plusieurs rapports ont été produits au fil des ans sur la situation des communautés autochtones mais que peu d’actions ont été posées, Ian Lafrenière entend donner suite aux recommandations du rapport Viens, produit à l’automne 2019 par la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec.

«Mais je n’ai pas le goût de prendre ça comme une liste d’épicerie, en cochant les recommandations une par une, précise-t-il. Je fais le parallèle avec le Code criminel : il y a la loi et il y a l’essence de la loi. Il faut prendre l’essence de chaque recommandation et voir ce qui peut être fait pour la mettre en action de façon concrète. Je veux amener des choses qui sont tangibles, que les gens vont pouvoir voir.»

«Je vais y aller de façon pragmatique, poursuit-il. Il ne faut par exemple pas attendre que la recommandation #1 soit complétée à 100% avant de passer aux autres, ou essayer de les réaliser dans l’ordre. Peut-être aussi que des recommandations vont se recouper. Je veux voir comment on peut y aller pour poser des gestes concrets rapidement.»

Situations de crise

Ian Lafrenière reconnaît qu’il accède au conseil des ministres dans un contexte difficile, alors qu’il y a plusieurs «situations de crise déplorables» qui touchent les communautés autochtones.

Rappelons que le 28 septembre, Joyce Echaquan, une femme atikamekw de 37 ans, est décédée au Centre hospitalier régional de Lanaudière, à Joliette, après avoir publié une vidéo montrant des employées la maltraiter et émettre des propos racistes à son égard. Puis, le 11 octobre, les corps de deux bambins de 2 et 5 ans de la Nation huronne-wendat ont été découverts dans une résidence de Wendake, au nord du Québec. Le lendemain, Michaël Chicoine, 30 ans, était accusé de meurtres au deuxième degré.

«J’ai été en lien toute la fin de semaine avec le grand chef Konrad Sioui et avec mon collègue Lionel Carmant [ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux], nous avons offert toute l’aide et le soutien possible à la communauté», assure le nouveau ministre, en entrevue avec le journal jeudi.

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