Une nouvelle voix pour la communauté noire à Châteauguay

Par Valérie Lessard
Une nouvelle voix pour la communauté noire à Châteauguay
Esther Salomon et Stacey Attey. (Photo : Le Soleil-Denis Germain)

Châteauguay est la deuxième ville au Québec où l’on retrouve la plus grande proportion de citoyens noirs après Montréal d’après les données de Statistique Canada. Ici comme ailleurs, l’enjeu du racisme systémique est présent. Pour les membres de la Table de concertation de la communauté noire de Châteauguay, une des clés pour combattre ce problème est l’éducation et le dialogue.

La manifestation anti-racisme tenue en juin 2020 à Châteauguay, en solidarité au mouvement Black Lives Matter, a été la bougie d’allumage pour la création de ce comité de citoyens. Environ 200 personnes avaient pris part à cet événement organisé par des adolescentes qui souhaitaient démontrer leur appui à la cause.

La Table de concertation de la communauté noire de Châteauguay a été créée après la manifestation alors que la députée fédérale Brenda Shanahan avait réuni plusieurs membres de la communauté pour discuter de racisme systémique. Les citoyens ont par la suite décidé de poursuivre les rencontres sur une base régulière. «On y retrouve une mixité de gens issue de la communauté noire, explique Stacey Attey, membre du groupe. On voulait que ça représente bien la population. Nous avons des professionnels, des gens plus âgés et des jeunes.»

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Profilage racial 

La population noire fait face à plusieurs enjeux selon Mme Attey. «Il y a le profilage racial auquel nous sommes confrontés et aussi la sous- représentation dans les différents paliers de gouvernement et même en éducation», indique-t-elle. Elle affirme qu’au niveau local, plusieurs citoyens noirs disent avoir été victimes de profilage racial de la part de la police. «C’est quelque chose qu’on discute entre nous. On me demande si j’ai l’impression qu’on reçoit plus de contraventions. Je ne peux parler qu’en fonction de mon expérience. Je remarque que quand tu vas payer ta contravention, il y a toujours 3-4 personnes noires dans la file, ce qui est démesuré par rapport au pourcentage qu’on représente dans la population.»

 Le Soleil de Châteauguay  a questionné la police de Châteauguay au sujet du profilage racial cet été dans la foulée de la mort de l’Américain Georges Floyd, dont l’assassinat par un policier avait ravivé le mouvement Black Lives Matter. Le directeur de police de l’époque se disait convaincu que ses policiers n’étaient pas racistes.  «Certains ont peut-être des préjugés plus forts, c’est possible, mais ça ne doit pas interférer dans leur travail. On traite tout le monde de la même manière», avait commenté Stéphane Fleury.

À lire aussi :Mouvement pour George Floyd: le directeur du service de police de Châteauguay réagit

Propos blessants

Le racisme peut être vécu dès l’enfance selon Esther Salomon, membre de la Table de concertation. Cette mère de deux enfants raconte que sa fille d’âge primaire a été blessée à deux reprises récemment par des événements racistes à son égard. Mme Salomon explique que sa fille n’avait pas conscience que c’était du racisme, mais elle avait eu de la peine. De tels incidents obligent les parents de la communauté noire à avoir des discussions avec leurs enfants.

«Il y a trois sujets importants qu’on doit aborder avec eux. Le racisme, l’esclavage et la façon de se comporter avec la police», souligne Mme Salomon. La maman croyait qu’elle aurait encore du temps devant elle avant de discuter de ces enjeux avec sa fille, mais a finalement dû le faire en raison des deux incidents.

Une réalité à laquelle les personnes blanches ne sont pas exposées. «Quand j’ai raconté que j’ai dû avoir une discussion avec mon fils sur comment agir avec la police, mes collègues étaient vraiment choqués de ça, se souvient Stacey Attey. J’ai dû leur expliquer. Mon fils est un grand homme noir, c’est certain qu’il pourrait éventuellement avoir des problèmes avec la police. On doit les éduquer sur la façon d’interagir avec la police.»

Enseigner la différence

Pour la Table de concertation de la communauté noire de Châteauguay, l’éducation à la différence et à la réalité des personnes noires devrait aussi se faire à grande échelle, pas seulement auprès des enfants qui vivent du racisme. L’organisme a présenté un mémoire à ce sujet au Groupe d’action contre le racisme mis sur pied cet été par le gouvernement du Québec. Le groupe châteauguois propose qu’on ajoute des enseignements au primaire et au secondaire sur la notion de l’égalité des êtres humains, sur la discrimination des personnes noires et sur l’esclavage en Amérique du Nord.

Dès la garderie, les enfants peuvent être sensibilisés à la différence, croit Mme Salomon.

«On ne peut pas reprocher aux enfants d’avoir des questionnements sur les différences. C’est normal. Mais si, dès un bas âge, ils sont habitués et on leur présente, par exemple, les différentes couleurs de peau, on en discute et on l’explique, ça va devenir complètement normal», illustre-t-elle.

Pour Stacey Attey, qui travaille dans le milieu de l’éducation, il est non seulement important d’éduquer les jeunes, mais aussi d’outiller les professionnels de l’éducation pour qu’ils puissent mieux intervenir.

À Châteauguay, près d’une personne sur cinq fait partie d’une minorité visible, d’après les données du Recensement de 2016. Si cette diversité se remarque sur les bancs d’école, elle n’est pas encore aussi présente dans le personnel du milieu de l’éducation, selon Mme Attey.

«Nous avons des gens plus vieux qui dirigent le système. Ça ne reflète réellement pas notre communauté. Je ne pense pas qu’ils soient mal intentionnés, mais je ne suis pas convaincue qu’ils puissent vraiment bien aborder la question (de la différence et du racisme)», commente Mme Attey. L’une des clés pour elle est d’avoir des personnes noires qui occupent ces postes puisqu’elles peuvent représenter un modèle pour les jeunes et peuvent comprendre leur réalité.

Les deux femmes interviewées saluent le fait que l’enjeu du racisme fasse partie des discussions au gouvernement. La Table de concertation de Châteauguay a rencontré le ministre de la Justice du Canada David Lametti récemment à ce sujet. Des approches ont été faites également auprès du ministre Lionel Carmant, l’un des deux co-présidents du Groupe d’action contre le racisme. «On voit que les gens sont vraiment derrière nous en ce moment. On veut garder le momentum. On a les solutions, ça prend maintenant de la volonté», dit Esther Salomon.

Proportion de la communauté noire par municipalité

Montréal : 10.3%

Châteauguay : 8.3 %

Mercier : 6.4 %

Sainte-Martine :1.5%

Léry : 1.2 %

Beauharnois : 0.5%

Saint-Isidore :0.5 %

(Source : Recensement 2016)

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Sophie Ferrera
Sophie Ferrera
1 mois

Châteauguay a toujours des gens de couleur et jamais nous avons eu de problèmes. Depuis la création de ce mouvement, nous sommes constamment pointés du doigt. Ce n’est pas une façon selon moi de s’intégrer mais plutôt de créer 2 clans distinct, ce qu’on aurait jamais osé faire. . .Dommage qu’ils tiennent à s’identifier comme  » à part » plutôt que faisant partie de notre communauté..