Une petite démone

Une petite démone
(Photo : Le Soleil - Valérie Lessard)
Une chauve-souris échouée sur le pont de la Sauvagine.

Je fais souvent la même boucle de 6 km quand je cours avec Banffy.

Boulevard D’Youville, pont de la Sauvagine, boulevard Salaberry Nord puis Sud, pont Arthur-Laberge et retour sur le boulevard D’Youville. C’est toujours le même petit circuit mais jamais le même décor. Si on prend le temps de s’arrêter, on réalise qu’on voyage à la vitesse de la lumière. Pas à 300 000 km/s. Plutôt à 1675 km/h, la vitesse de rotation de la Terre, qui modifie la palette de couleurs du paysage au fil des secondes.

Coucher de soleil sur la rivière Châteauguay vu du boulevard Salaberry Nord

J’admirais donc la rivière à partir du pont de la Sauvagine, le mardi 15 septembre à 16h50, Banffy trottant devant, moi lui emboîtant le pas. Soudainement, ma compagne à l’odorat sublime a bifurqué à gauche, attirée par une petite masse brune. Une feuille morte ? Le fruit de la digestion d’un semblable ? Avant que je ne distingue l’objet de sa curiosité, Banffy a reculé de quatre pieds. J’ai failli m’enfarger dans la longe qui nous unit. Heureusement, j’ai pu reprendre la maîtrise de mes souliers sans m’abîmer sur le trottoir. En avant, Banban ! Non, stop !

 

Notre élan a été interrompu quand j’ai aperçu le motif du recul de mon chien. Couchée sur le dos, des ailes noires membraneuses déployées, une créature ouvrait une gueule munie de petits pics blancs. Des sons stridents à glacer le sang en sortaient. Une chauve-souris !

En 58 ans d’existence sur cette planète, c’était la première fois que j’en voyais une par terre sur mon chemin. Dans les airs, oui, j’en aperçois souvent voleter furtivement autour de ma maison après le coucher du soleil. J’en ai aussi observé au zoo, suspendues la tête en bas dans la pénombre. Mais le ventre à l’air, en plein jour, c’était pour moi du jamais vu.

À l’observer, il m’est paru évident que le mammifère volant a servi de modèle aux gargouilles et aux représentations de démons.

(Image Pixabay)

La chose ne correspond vraiment pas aux canons de beauté et ne suscite guère l’envie de la prendre dans nos bras pour la consoler. Et c’est une chance. Il faut se tenir loin des chauves-souris. La bestiole peut être porteuse de la rage.

À lire les commentaires désobligeants et haineux sur les réseaux sociaux, j’ai bien l’impression que quelques internautes ont frayé avec ces petites diablesses nocturnes.

En tout cas, je félicite Banffy de ne pas avoir posé sa truffe sur le spécimen du pont de la Sauvagine. Ça lui évite peut-être de suivre les traces de Cujo.

 

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