Zones inondables : encore beaucoup d’inquiétude chez les riverains

Par Patricia Blackburn
Zones inondables : encore beaucoup d’inquiétude chez les riverains
Environ 150 personnes ont participé à la rencontre organisée par la Ville de Châteauguay, le 7 août, au Pavillon de l’île Saint-Bernard. (Photo : (Patricia Blackburn))

(English follows) Perte de valeur, interdiction de construire ou de rénover, coût d’assurances qui monte en flèche : les riverains de Châteauguay dont la propriété a été incluse dans la «zone d’intervention spéciale» (ZIS) décrétée par Québec ont vécu une gamme d’émotions ces derniers mois.

Jacques Daudelin. (Photo: Patricia Blackburn)

«Je savais que cette carte était insensée, c’est clair» confie Jacques Daudelin, dont le terrain est situé à la jonction du lac Saint-Louis et de la rivière Châteauguay, boulevard D’Youville. Il reconnait toutefois que dans l’urgence, le ministère des Affaires municipales ne pouvait pas tenir compte du relief, de la hauteur des terrains par rapport aux plans d’eau. «Ça lui aurait coûté une fortune», pense-t-il.

Mais, selon un autre riverain, Frédérik Daudelin-Mouton, le fait de ne pas avoir tenu compte de la dénivellation constitue un grand manque de considération de la part du gouvernement envers eux. «J’étudie en analyse de données. Et je peux dire que cette carte, c’est un travail bâclé. Et ç’a mis un stress important sur tout le monde», réagit-il, furieux.

Un soulagement mitigé

Québec vient d’annoncer que toutes les maisons des secteurs de Châteauguay, Léry et Beauharnois qui n’ont pas subi d’inondations en 2017 et 2019 seraient retirées de la ZIS dans sa prochaine refonte. Ce changement devrait se concrétiser dans les 15 jours suivants l’arrêt ministériel, émis le 5 août.

Plusieurs riverains ont posé des questions.(Photo: Andrew Clark)

Pourtant, dans une rencontre organisée par la Ville de Châteauguay à laquelle étaient invités les propriétaires affectés par la ZIS, beaucoup d’inquiétude se faisait encore sentir.

«Pendant combien de temps on va être assurés qu’il n’y aura pas d’autres changements?» a exprimé un riverain, qui a confié subir «un stress énorme». Le contrôle du barrage de Cornwall, qui a un impact sur le niveau de l’eau dans le lac Saint-Louis, l’entretien des deux digues dans la rivière Châteauguay, les vagues faites par les bateaux et l’érosion ont été d’autres sujets d’inquiétudes exprimées par les citoyens pendant la soirée.

Révision de la zone 0-20 ans

L’autre grande préoccupation concerne une révision prévue à la carte des zones inondables 0-20 ans et 20-100 ans. La carte actuelle pour le territoire de Châteauguay date des années 1970. L’actualisation des données, qui devrait être terminée dans environ un an, prendra en compte les risques d’inondations en eau libre et par embâcles, «en plus d’évaluer l’impact des changements climatiques», a signalé Jean Dionne, directeur adjoint à la Direction générale des opérations régionales au ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH).

Présentement, 28 propriétés se situent dans une zone inondable 0-20 ans ou 20-100 ans sur le territoire de la Ville. La mise à jour de cette carte pourrait revoir tant à la hausse qu’à la baisse ce nombre. Ce qui laisse planer beaucoup d’incertitude chez les propriétaires riverains.

Propriétés visées par le décret

  • 152 propriétés privées visées par la ZIS
  • 142 terrains construits et 10 non construits
  • 97 propriétés impactées significativement par la ZIS
  • 28 propriétés se trouvaient déjà dans une zone inondable (0-20 ans et/ou 20-100 ans)
  • 78 propriétés situées à l’intérieur de la digue nord-est
  • 11 propriétés dans la digue sud-ouest (Source :Ville de Châteauguay)

Comment la ZIS a été faite

La «zone d’intervention spéciale» (ZIS) a été décrétée par le gouvernement provincial comme mesure d’urgence temporaire à la suite des inondations printanières.

Le cimetière de l’île Saint-Bernard a été inclus dans la «zone d’intervention spéciale» du gouvernement. Or, selon le maire de Châteauguay, il faudrait «un tsunami pour que l’eau se rende jusqu’à cet endroit», lequel est surélevé par rapport au niveau de l’eau du lac Saint-Louis.(Photo: Andrew Clark)

«On travaillait sur tout le territoire québécois, et en situation d’urgence, indique Jean Dionne, directeur adjoint aux opérations régionales au MAMH. Car il y a eu 800 municipalités sur 1000 au Québec qui ont été touchées par les inondations, rappelle-t-il. Alors non, ce n’était pas normal. L’idée, c’était de ne plus revivre une telle situation en imposant un moratoire sur la construction ou la rénovation d’immeuble en zone sensible.»

Photographies aériennes, données satellites, relevés de déclarations d’assurance et cartes déjà existantes des zones inondables pour chaque municipalité ont été utilisées pour délimiter la ZIS. «Est-ce qu’il y a eu des erreurs, oui, c’est clair. Mais le gouvernement s’est donné des marges de manœuvre pour pouvoir procéder à des ajustements rapidement. C’est d’ailleurs ce qu’on a fait pour la région de Châteauguay» conclut M. Dionne. La ZIS sera en vigueur jusqu’à l’élaboration d’un nouveau cadre normatif par Québec et à sa mise en œuvre par les municipalités. C’est d’ailleurs dans le cadre de l’élaboration de ce nouveau cadre que la révision de la carte des zones inondables 0-20 ans et 20-100 ans a été entamée.

Châteauguay prend ses précautions

La Ville de Châteauguay a mis en place une stratégie dans l’éventualité où le retrait des quelque 150 maisons de son territoire qui sont actuellement dans la ZIS ne se réalise pas, comme le prévoit l’arrêt ministériel du 5 août.

Le maire de Châteauguay, Pierre-Paul Routhier. (Photo : Andrew Clark)

Tous les propriétaires invités à la rencontre organisée le 7 août par la Ville ont pu faire une déclaration sous serment pour dire s’ils avaient ou non subi des dommages lors des inondations de 2017 et de 2019. «Le gouvernement dit qu’il inclut dans la zone d’intervention spéciale (ZIS) toutes les propriétés qui ont subi des dommages lors de ces deux inondations. Alors si on lui prouve que les propriétés de notre territoire n’en ont pas subi, ça devient de la mauvaise foi s’il n’accepte pas de les retirer. Si c’est le cas, nous irons en justice» a fait savoir le maire Pierre-Paul Routhier.

 

Easily flooded zones : Still lots of concern among riverside dwellers

Loss of value, a ban on construction or renovations, skyrocketing insurance costs; Chateauguay riverside dwellers whose property has been included in the ‘’special intervention zone’’ (ZIS) decreed by Quebec have lived through a gamut of emotions these last few months. 

Quebec has just announced that all the homes in some sectors of Chateauguay, Lery and Beauharnois that have not been hit by floods in 2017 and 2019 would be withdrawn from the ZIS in the next version of it. This change should be completed in the 15 days following the ministerial summer break announced on August 5.

However, in a meeting organized by the City of Chateauguay to which landowners affected by the ZIS were invited on August 7, lots of concern could still be felt.

‘’During how much time are we going to be assured that there will be no other changes?’’ wondered one riverside dweller, who confided suffering from ‘’enormous stress.’’

Revision of 0-20 zone

Much preoccupation concerns a revision foreseen on the map of floodable zones over 0-20 years and 20-100 years. The current map for the Chateauguay territory dates back to the 1970s. The realization of the facts, which should be completed in about a year, will take into account the risks of floods in free-running water and in ice-jams, ‘’in addition to evaluating the impact of climate changes,’’ noted Jean Dionne, director general of regional operations at the Municipal Affairs and Habitation (MAMH) Ministry.     Currently, 28 properties are situated in a floodable 0-20 year zone or a 20-100 year zone on the City’s territory. The updating of this map could see either a rise or a drop in this number.

Chateauguay takes precautions

The City of Chateauguay has put in place a strategy in the eventuality where the withdrawal of some 150 houses on its territory that are actually in the ZIS won’t happen, as foreseen by the ministerial break of August 5. All the landowners invited to the meeting organized by the City on August 7 were able to make a sworn declaration to say whether or not they had suffered damages during the floods of 2017 and 2019.

‘’The government says that it includes in the special intervention zone (ZIS) all the properties that suffered damages in these two floods. So if someone proves that some landowners of properties on our territory did not sustain any, that becomes a declaration in bad faith if that landowner does not accept to withdraw those claims. If that is the case, we will go to court,’’ informed Mayor Pierre-Paul Routhier.

(Translation: Dan Rosenburg)

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