15 questions à Sophie Madgin, directrice d’une école ouverte à Sainte-Martine

Par Michel Thibault
15 questions à Sophie Madgin, directrice d’une école ouverte à Sainte-Martine
Sophie Madgin devant un coeur composé de messages d'amour pour elle de la part des élèves. (Photo : Gracieuseté)

Des enfants sont de retour à l’école primaire Sacré-Cœur à Sainte-Martine depuis le 4 mai, la municipalité ne faisant pas partie de la CMM. Directrice de l’établissement et dans le milieu de l’éducation depuis 22 ans, Sophie Madgin a bien voulu répondre aux questions du journal concernant cette rentrée sous le signe de la distanciation sociale.

Q Combien d’élèves fréquentent l’école habituellement ?

R Habituellement, nous avons 245 élèves à l’école Sacré-Cœur. Notre école accueille les élèves de maternelle à la 3ème année. C’est une école de tout-petits. Au total, nous avons 12 classes.

Q Combien sont de retour ?

R Actuellement, c’est 50% des élèves qui sont de retour à l’école. Nos classes reçoivent entre 9 et 15 enfants par groupe.

Q Combien de membres l’équipe école compte-t-elle normalement ?

R Normalement, notre équipe est constituée d’une quarantaine de personnes. 20 enseignants, 3 professionnels, 2 techniciennes en éducation spécialisée, 13 éducatrices et techniciennes en service de garde et bien entendu, une secrétaire et un concierge.

Q Combien actuellement ?

R Nous avons réussi à garder le même nombre de gens pour l’instant. Nous avons dû remplacer 6 enseignantes qui étaient exemptées dû à la situation de la COVID-19. Celles-ci font du télétravail et accompagnent pédagogiquement les élèves qui ne seront pas de retour à l’école. Comme les étudiantes en enseignement sont disponibles, nous avons pu en engager suffisamment pour remplacer nos absentes.

Q Qu’est-ce que la réouverture représente pour vous, les enseignants, le concierge, autres employés ?

R Cette réouverture nous a demandé à tous de «  sortir complètement de la boîte ». Nous avons dû physiquement, réaménager l’école au complet, incluant la cour d’école. Tous les membres du personnel se sont investis et ont mis du cœur dans cette préparation, peu importe leurs corps d’emploi. Nous voulions être prêts à accueillir nos élèves en toute sécurité. Nous avons formé une équipe de travail pour repenser l’horaire au complet. Il fallait prévoir des moments et des trajets pour le lavage des mains fréquents. Un horaire des récréations a été pensé pour respecter la distanciation physique tout en permettant aux élèves de bouger et d’avoir du plaisir. Du personnel a été mis à contribution pour animer et gérer les temps de récréation. Au service de garde, nous avons réaménagé les groupes puisque nous devons diminuer les changements de locaux durant la journée. Des membres de l’équipe ont monté des vidéos pour expliquer les consignes de distanciation physique et pour les règles sanitaires à respecter. Nous avons dû changer l’horaire du concierge également. Son parcours de travail a beaucoup changé avec l’horaire et la désinfection des salles de toilettes, de tous les lavabos, poignées de porte, interrupteurs.

Q Comment l’école a-t-elle été modifiée pour respecter la distanciation sociale ?

R À l’extérieur, dans la cour, notre concierge nous a peint des pieds rouges qui sont à deux mètres de distance. Les enfants doivent se placer dessus pour prendre un rang avant d’entrer dans l’école. Dans les corridors, nos techniciennes en éducation spécialisée nous ont collé des formes et des flèches pour indiquer les distances et les sens à respecter. Dans les classes, les enseignants ont disposé les meubles afin que les enfants puissent s’asseoir à 2 mètres de distance entre eux. Certains objets ont été retirés ou camouflés puisqu’il n’est pas possible de les utiliser. Le gymnase, la bibliothèque et la cafétéria ne sont plus utilisés. Les enseignants n’ont plus la possibilité de se réunir au salon du personnel.

 Q Comment le personnel se protège-t-il ?

R Notre commission scolaire nous a envoyé du matériel de protection la semaine avant que les élèves arrivent. Des masques et des gants sont disponibles à la demande des membres du personnel. Des visières ont été fournies pour les membres du personnel qui travaillent auprès des élèves du préscolaire. Plusieurs personnes ont leurs propres masques. Mais ce n’est pas tout le monde qui en porte puisque ce n’est pas obligatoire lorsque nous sommes en mesure de respecter le 2 mètres de distance. Nous avons également reçu du désinfectant, du savon et des serviettes de papier en grande quantité.

Q Comment les enfants composent-ils avec ce nouvel environnement ?

R Dès le départ, nous avons remarqué que nos élèves avaient, en grande majorité, vu les vidéos qui leur ont été envoyées par courriel. Ils connaissent les consignes et essayent de les respecter du mieux qu’ils le peuvent. Ce sont des tout-petits entre 5 et 9 ans. À cet âge, les enfants se conforment assez bien aux demandes des adultes. Dans l’ensemble, ils sont joyeux et contents d’être de retour à l’école.

 Q Quels sont les principaux enjeux concernant les élèves ?

R Les élèves sont en confinement depuis deux mois. Certains ont travaillé leur français et leurs mathématiques avec leur parents grâce au support des enseignants à distance, certains élèves ont perdu des acquis et les enseignants vont travailler fort pour récupérer cela. Certains enfants ne viendront pas tous les jours à l’école. Certains parents ont choisi de les envoyer mi-temps. Les enseignants devront composer avec cela. Disons que les enseignants vont devoir s’adapter à cette nouvelle réalité qui nous attend en septembre puisque les élèves n’auront pas tous reçu la même éducation suite aux 6 mois de confinement.

Q Percevez-vous des inquiétudes ? Si oui, comment les rassure-t-on ?

R C’est certain. La situation est stressante et personne n’a jamais vécu cela. J’essaie d’envoyer des informations claires aux parents pour qu’ils puissent prendre la meilleure décision pour leurs familles. Pour les enfants, je ne suis pas inquiète. Je sais que mon personnel va bien les rassurer et en prendre grand soin. Je leur ai demandé d’être alerte. Si un jeune ou un parent semble en détresse, nous sommes en mesure de les aider. Soit à l’aide des professionnels de l’école ou en les référant aux bons services.

Q Et chez les enseignants ? Vous-mêmes ?

R Pour le personnel, depuis les débuts du confinement, j’ai fait plusieurs rencontres virtuelles pour les informer et aussi pour les écouter. Je les mets en garde quant à ce qui circule sur les réseaux sociaux. Il y a tellement de faussetés qui viennent stresser les gens. Je suis toujours disponible pour répondre à leurs questions. C’est important pour moi que les gens se sentent bien supportés. Plusieurs m’ont dit qu’ils ou elles étaient inquiètes. Disons que nous sommes plusieurs à ne pas avoir bien dormi dans la nuit de dimanche à lundi. C’est bien normal. Après la première journée, tout le monde était plus détendu.

Q À quoi ressemble une journée de classe ? Est-ce qu’on mise sur les cours magistraux ?

R Disons que nous sommes en train de vivre une deuxième rentrée. Certains enfants ont retrouvé une nouvelle enseignante dans leur classe. Plusieurs amis sont restés à la maison.  Il y aura beaucoup d’apprentissage de nouvelles routines cette semaine. Autant pour les enfants que pour les adultes. Nous avons dû retirer les périodes de musique, d’anglais et d’éducation physique afin de créer un horaire viable et pour mettre l’accent sur les matières de base comme le français et la mathématique. Les enseignants vont faire de leur mieux pour offrir des cours de qualité à travers les lavages de mains réguliers et les contraintes physiques.

Q Y a-t-il du transport scolaire ?

R Seulement pour les parents qui ne peuvent amener leurs enfants à l’école eux-mêmes.

Q Si oui, comment ça fonctionne ?

R C’est 12 enfants maximum par autobus. Il y a un enfant, un banc sur deux.

Q Quel est le protocole dans l’éventualité où un cas de COVID-19 serait dépisté à l’école ?

R Nous demandons aux parents de ne pas envoyer leurs enfants à l’école s’ils semblent avoir des symptômes. Si des symptômes apparaissent à l’école, j’ai fait aménager un bureau qui est isolé du reste de l’école pour qu’un intervenant y amène l’enfant. La personne qui s’occupera de l’enfant sera habillée avec tout le matériel de protection que nous avons dans une trousse d’urgence. La trousse comprend une visière, un masque, des gants et une jaquette. Les parents seront appelés par la secrétaire pour qu’ils viennent chercher leur enfant le plus rapidement possible. Si un membre du personnel présente des symptômes, il sera retiré de l’école rapidement. Il demeurera à la maison en attendant les résultats du test de la maladie COVID-19. Une quarantaine de 14 jours devra être respectée.

Les pupitres sont disposés pour respecter la distanciation sociale.(Photo:gracieuseté)

 

 

 

 

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