Mars 2004 : réveil brutal et fascinant

Par Michel Thibault
Mars 2004 : réveil brutal et fascinant

(Texte publié le samedi 13 mars 2004 ) Le temps doux conjugué à de fortes pluies a tiré la rivière Châteauguay de son lit la fin de semaine dernière. Le réveil a été brutal et spectaculaire.
Dès l’aube, samedi matin dernier, des camions de la Ville déversaient des tonnes de terre sur le boulevard D’Youville, qui longe la rivière, pour former une digue. Grâce à un système téléphonique automatisé, les occupants des maisons sujettes aux inondations étaient déjà alertés. La rivière ne débordait pas encore mais un embâcle à la hauteur du parc Laberge faisait redouter le pire.
« L’eau monte à vue d’œil. Ça m’inquiète », a confié Stéphane Bernard, un citoyen parmi les nombreux badauds qui observaient la pelle mécanique flottante appelée grenouille affairée près du pont des Adirondacks, vers 11h. « C’est toujours impressionnant à voir cette machine-là », a noté le citoyen.
Une demi-heure plus tard, des milliers de fragments de glace déferlaient sous le pont Laberge et allaient grossir l’embâcle devant le parc du même nom. Des blocs de la taille de tables de billard qui s’entrechoquaient, frappaient les arbres avec fracas. Quelques-uns cognaient les garde-fous, les pliaient en leur faisant pousser des cris métalliques de baleines à bosse.
Puis l’image s’est figée. Le train des glaces venant de Mercier s’est arrêté et il s’est mis à monter jusqu’à gratter le dessous du pont Laberge. L’eau a commencé à se répandre dans le coude du boulevard D’Youville en face de l’église, sur le boulevard Salaberry Sud et sur le chemin de la Haute-Rivière, une route bien baptisée.
En une vingtaine de minutes, la rivière a dû monter d’au moins deux mètres. Elle a progressé jusque sur le terrain de l’hôtel de ville, s’est frayée un chemin jusqu’à la porte de garage de la maison voisine donnant sur la rue Auguste. Et elle s’est arrêtée là. « Non, on n’a pas d’eau à l’intérieur », a affirmé Helmut Strohmeyer, résidant de l’endroit. Les propriétaires de 27 maisons n’ont pas eu autant de chance. Leurs occupants, 38 personnes, ont été évacués.
« Ça va être l’enfer tout à l’heure ! », se désolait Gisèle Boyer-Prégent, samedi soir, en regardant sa maison ancestrale située au 4, chemin de la Haute-Rivière, complètement encerclée d’eau, la cave pleine à ras bord.
« On a un pied d’eau dans maison. Tout le sous-sol est à refaire. En attendant de pouvoir revenir, on habite chez une nièce », a raconté Richard Tibbo, un sinistré de la rue Paré. « On a eu un très bon service des pompiers. Ils nous aident à pomper l’eau. Chapeau aux pompiers », a souligné le citoyen.
En plus des pompiers, les échevins, les cadres, les cols bleus, les policiers et bien d’autres employés de la Ville ont participé à l’effort d’urgence.

Un air de Venise
Vers 17h, samedi, plusieurs membres du personnel de la mairie ont rappliqué à l’hôtel de ville pour grimper aux étages le matériel informatique des bureaux aménagés au sous-sol de l’immeuble ainsi que des caisses de documents. À ce moment-là, la mairie avait un air de Venise.
« Finalement, l’eau n’est pas entrée. J’ai été très contente et soulagée quand la rivière a été libre, hier. On a sauvé nos billes ! », a confié lundi dernier Manon Tourigny, trésorière et directrice du service des Finances de la Ville.

Deux grenouilles, un hélico
En début d’après-midi, le dimanche, une deuxième grenouille d’acier est arrivée en renfort. Elle a débarqué au parc Laberge sous les regards des caméras de télévision et d’une foule de curieux.
Pendant que des ouvrier s’affairaient à fixer ses flotteurs gros comme des Firefly à l’appareil, un hélicoptère miniature télécommandé muni d’une caméra vidéo a pris son envol. Les images recueillies par le modèle réduit apparaissaient sur un petit écran observé par les spécialistes d’Hydro-Météo.
« Jusqu’à la fin du mois de février, rien ne laissait présager un dégel. La rivière n’a pas eu un gros débit. On a atteint au maximum 196 mètres cubes par seconde. En 1996, le débit avait atteint 491 mètres cubes par seconde. Cette année, le dégel rapide et l’épaisseur des glaces ont causé problème », a expliqué Pierre Corbin, un des experts de la firme.
Un peu partout au bord de la rivière, des grappes de gens jasaient, prenaient des photos. « De l’eau jusqu’à la mairie, on n’a pas vu ça depuis 1945, selon Roger Reid, l’ancien laitier. Moi, de la glace si proche en dessous du pont, je n’ai jamais vu ça de ma vie », a lancé le citoyen Claude Lévesque, croisé à deux pas de l’église.
Les voisins de l’hôtel de ville soutenaient n’avoir jamais vu d’eau menacer l’édifice depuis qu’ils habitent le secteur, certains depuis près de 30 ans.
L’embâcle a fini par céder vers 20h30 dimanche soir, alors que les autorités municipales et des représentants du gouvernement provincial rencontraient les sinistrés à l’école Billings pour les informer qu’ils pouvaient bénéficier d’une aide financière et leur fournir des détails sur le sujet. Les personnes touchées qui ont raté la réunion peuvent téléphoner au 1 888 643-2433 pour obtenir de l’information.
Lundi, la rivière était retournée dans son lit, toutes les personnes évacuées avaient pu réintégrer leur domicile, sauf les occupants d’un immeuble dont les fondations ont été affaiblies par les infiltrations d’eau.
Au moment de mettre sous presse, jeudi matin, les « grenouilles » continuaient à travailler d’arrache-pied pour évacuer des glaces prises dans des anses de la rivière.
La Ville continue à surveiller de près la situation en raison du couvert de glace qui subsiste à Sainte-Martine mais le pire semble bien passé. « Les conditions climatiques actuelles nous permettent de croire que l’écoulement des eaux de la crue printanière devrait se poursuivre normalement », indique la municipalité dans un communiqué.
Enfin, la Ville a mis à la disposition des sinistrés plusieurs conteneurs à déchets où ils peuvent aller déposer biens abîmés et résidus de démolition. Ces conteneurs sont situés dans le stationnement du 65, boulevard Salaberry Sud et face au 3, rue Principale.

Sur les photos :

André Lussier près de l’intersection du boulevard D’Youville et de la rue Auguste envahie par la rivière.

Les spécialistes d’Hydro-Météo ont utilisé un hélicoptère miniature muni d’une caméra pour filmer l’embâcle.

La mairie avait un air de Venise.

Une deuxième excavatrice flottante est arrivée en renfort le dimanche.

Le policier Michel Roy avance une barrière, l’eau s’étant mise à monter subitement.

Michel Hébert et son fils Tristan admirant la crue.

Jaimie Strohmeyer n’a finalement pas eu à écoper. L’eau s’est arrêtée à la porte du garage de la maison de sa famille à l’angle du boulevard D’Youville et de la rue Auguste.

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