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Bilan annuel de la DPJ : une hausse importante des signalements depuis le retour en classe

vendredi le 24 septembre 2021
Modifié à 0 h 00 min le 25 septembre 2021
Par Michel Hersir

D’avril 2020 à mars 2021, 17 837 signalements ont été traités en Montérégie. (Photo : Le Courrier du Sud ‒ Archives)

Le premier bilan de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) illustrant une année complète en temps de pandémie dévoile que cette dernière aura laissé des traces significatives. Après une chute des signalements aux premiers mois du confinement, le retour en classe s’est traduit par une forte hausse, atteignant son plus fort nombre en mars 2021.

Une baisse drastique des signalements de 32% a été constatée pour les mois de mars, avril et mai 2020, alors que la province était en confinement. Une réduction qui a touché majoritairement les signalements de négligence, d’abus physique et de troubles de comportement.

La période estivale étant toujours plus calme, c’est à la réouverture des écoles primaires qu’il y a eu une explosion des signalements. Chaque mois, de juin 2020 à mars 2021, a présenté une augmentation des signalements par rapport à l’année précédente et c’est en mars 2021, dernier mois du bilan, que le nombre de signalements a été le plus élevé dans l’année.

«La situation a été difficile pour les enfants forcés de rester à la maison, indique la directrice de la protection de la jeunesse de la Montérégie, Marie-Josée Audette, lors de la présentation du bilan le 22 septembre. C’était un grand stress pour les parents, ç’a créé beaucoup d’inquiétude et les enfants ont aussi écopé et vécu beaucoup de stress.»

Mme Audette souligne en outre que la DPJ a dû réagir rapidement lorsque la pandémie a atteint le Québec et que ses services devaient se poursuivre.

«Comme partout ailleurs, on s’est tourné sur un 10 cennes, mentionne-t-elle. Malgré le contexte, on s’est dit qu’on devait continuer à rencontrer les familles vulnérables, à mettre des mécanismes en place pour assurer une continuité dans le milieu, dans le respect des mesures sanitaires. Ç’a demandé beaucoup d’efforts et d’engagement auprès des intervenants, mais le travail s’est fait pour assurer la sécurité nécessaire à nos enfants.»

En Montérégie, 17 837 signalements ont été traités d’avril 2020 à mars 2021, soit environ 48 signalements par jour. Ceux-ci peuvent par exemple être reliés à de la négligence ou de l’abus physique. Parmi tous les signalements, 5850 ont été retenus, pour un taux de rétention de 32,8%.

Tant pour les signalements traités que retenus, il s’agit d’une très légère diminution par rapport à la dernière année.

Décloisonner

Dans son rapport déposé en avril dernier, la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent, émet 65 recommandations, dont certaines donneront lieu à de nouvelles modifications législatives en vue de clarifier et de renforcer certains aspects de la Loi sur la protection de la jeunesse.

Ainsi, la DPJ est vouée à changer dans les prochaines années.

Marie-Josée Audette précise que plusieurs des recommandations émanaient de la DPJ de la Montérégie. Un plan d’action avec une séquence de travail et des objectifs à travailler devrait être présenté dans les prochaines semaines ou prochains mois.

Parmi les priorités à adopter pour améliorer la protection des enfants, Mme Audette assure que le travail en concertation est la clé.

«Les interventions doivent être décloisonnées, souligne-t-elle. Ç’a déjà commencé, mais on doit se donner les moyens de travailler conjointement pour un enfant en difficulté. Le milieu scolaire, les CLSC, la DPJ, les organismes communautaires. On sait que tous les milieux sont compétents. On a juste besoin de se structurer dans une même vision.»

Elle évoque que sur 100 appels pour des signalements, environ 40 nécessitent de la protection. Plusieurs des autres cas peuvent être pris en charge par des services de proximité du CLSC, par exemple.

«J’ai rencontré une famille dont le signalement n’avait pas été retenue par la DPJ, relate Marie-Élaine Carrier, psychoéducatrice au CLSC de Saint-Hubert. Le dossier a été transféré au CLSC et c’était un peu difficile de rejoindre la maman, mais avec l’aide de la DPJ, on a pris contact, et ça m’a permis de créer un super lien avec la maman. Elle a pu découvrir les services qu’on avait au CLSC, et aujourd’hui, elle-même est impliquée dans un organisme communautaire.»

Un milieu affecté par le manque de main-d’œuvre

Au-delà des défis de la pandémie, la DPJ fait face à un autre obstacle de taille : la pénurie de main-d’œuvre.

Selon Mme Audette, simplement dans l’équipe d’évaluation des dossiers, il manque environ une quarantaine de personnes dans la région. Elle cite également des manques sur le plan des éducateurs dans les centres de réadaptation et dans certains services de proximité en CLSC dans l’ouest de la Montérégie.

«La pénurie de personnel frappe partout, et la DPJ ne fait pas exception, affirme-t-elle. Ça nous oblige à revoir nos pratiques pour être le plus efficients possible, de là l’importance de travailler en complémentarité avec les autres secteurs.»

Si elle admet que la DPJ a parfois mauvaise presse et que les métiers qui y sont reliés ont leur lot de défis, elle insiste tout de même pour affirmer que ce sont de beaux métiers.

«On doit convaincre les étudiants de choisir le travail social, la psychoéducation et de venir travailler avec nous», soutient-elle.

«Cet été, on a embauché près de 80 étudiants, et ç’a été unanime : la majorité ont décidé de rester. Ils nous ont dit que la réalité est différente de ce qu’ils entendent, qu’il y a de belles choses qui se font à la DPJ.»

-Marie-Josée Audette, directrice de la protection de la jeunesse de la Montérégie

Statistiques de la Montérégie d’avril 2020 à mars 2021 :

Signalements traités : 17 837

Signalements retenus : 5 850

Taux de rétention des signalements : 32,8%.

Signalements d’enfant par jour : 48

Signalements provenant des employés d’organismes publics : 33%

Enfants pris en charge par la DPJ demeurant en milieu familial : 46%

Enfants pris en charge par la DPJ demeurant chez une personne significative (grand-parent, voisin) : 14%

 

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