Opinion

Avortement : pas aux tribunaux de décider à la place des femmes

mercredi le 25 mai 2022
Modifié à 14 h 49 min le 19 mai 2022
Par Claude Poirier

redactiongm@gravitemedia.com

(Propos recueillis par Gravité Média)

Jamais je n’aurais pu penser qu’en 2022, on débattrait encore de la question de l’avortement en Amérique du Nord, comme c’est le cas présentement. 

Aux États-Unis, des fuites médiatiques laissent entendre que la Cour suprême souhaite renverser la décision rendue en 1973 qui assure une protection au droit à l’avortement dans ce pays. La nouvelle a résonné jusqu’au Canada. 

La raison pour laquelle j’aborde ce sujet cette semaine est que je ne peux pas imaginer que ce choix personnel soit laissé entre les mains des soutanes rouges et noires de la Cour suprême, c’est-à-dire qu’on les laisse décider de l’avenir des femmes à leur place. C’est une décision qui appartient aux femmes, et prises aussi parfois d’un commun accord dans le couple, rappelons-le. 

J’ai connu le docteur Henry Morgentaler dans les années 70 et 80, alors qu’il pratiquait des avortements à sa clinique dans l’Est de Montréal. Combien de fois suis-je allé le rencontrer alors que je patrouillais la nuit? Il était sur son balcon et craignait alors d’être victime d’un attentat. 

Je m’en souviens comme si c’était hier. Il s’est battu pour le droit à l’avortement. À l’époque, il y avait beaucoup de gens qui n’étaient pas d’accord avec ses positions. Les pro-vie estimaient qu’il s’agissait d’un crime de tuer un enfant à naître. 

Il a été condamné en Cour d’appel pour les avortements qu’il effectuait à sa clinique, puis finalement acquitté en 1988 par la Cour suprême. C’est grâce au Dr Morgentaler si cette cause a avancé. 

Des femmes sont enceintes après avoir été violées, dont en ce moment même en Ukraine. Il faut absolument permettre à celles-ci de se faire avorter pour éviter qu’elles aient un enfant dans un contexte épouvantable. 

Les femmes sont parmi les personnes les plus vulnérables de la société. La pandémie et l’inflation ont empiré cette situation, surtout chez les mères monoparentales qui en arrachent. Il est vrai que certaines ont divorcé, mais d’autres sont laissées à elles-mêmes parce que des hommes ne prennent pas leurs responsabilités. Un enfant, ça se fait à deux. Et c’est lui aussi qui en paiera le prix s’il est élevé dans un environnement malheureux, comme dans un contexte de violence conjugale, par exemple.

Des gens se sont battus pour le droit à l’avortement et il ne faut pas reculer. Je me ferai probablement haïr par la tranche pro-vie, mais je leur répondrai que les femmes qui ont recours à cette pratique ne sont pas des criminelles. Les tribunaux n’ont pas à les juger comme telles non plus.

10-4!

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