Bris de confiance entre les médecins et le CISSSMO

Bris de confiance entre les médecins et le CISSSMO
(Photo : Gracieuseté)

Des médecins se sont unis pour dénoncer la gestion jugée défaillante au Centre intégré de santé et services sociaux de la Montérégie-Ouest (CISSSMO). Une situation qui laisse des traces au sein des communautés, écrivent-ils dans un manifeste envoyé aux élus.

Le CISSSMO évoque une pénurie de personnel. Les médecins prétendent plutôt que la situation émane d’un manque de vision globale et de gouvernance de la haute direction du CISSS. «Selon la Loi sur la santé et les services sociaux, il est de la responsabilité de l’établissement d’assurer aux usagers la prestation sécuritaire des services de santé et des services sociaux, écrivent-ils. Nous pensons que l’établissement a failli à sa tâche.»

Le délestage qui a eu lieu au cours des derniers mois a eu pour effet d’affaiblir non seulement la 1re ligne, mais la 2e également.

«Il y a eu une réaffectation illogique du personnel, pointe le Dr Félix Le-Phat-Ho. On nous a demandé de réaffecter 100 % des effectifs infirmiers des GMF. Or, ils se retrouvent en zones froides, ou à la maison en attente de directives, et d’autres ont démissionné. Pendant ce temps-là, la 1re ligne ne peut plus offrir les mêmes services, si bien que les patients finissent à l’urgence.»

Le coordonnateur médical 1re ligne du RLS Jardins-Roussillon est l’un des six signataires d’un Manifeste de la médecine générale en Montérégie-Ouest qui a été envoyé aux élus le mois dernier.

On y décrit la situation périlleuse dans laquelle le réseau est plongé. Un plongeon amorcé avant la pandémie, mais qui a pris de l’ampleur avec la COVID. «La pandémie n’épargne personne; est-ce qu’on était prêt à y faire face?, questionne Dre Michèle Lemay, chef adjointe du département de médecine générale du CISSSMO. Tous les efforts ont été fournis et déployés. Mais est-ce qu’on est tous sur la même page? Les patients n’ont pas de ressources et sont désespérés.»

Le manque de personnel infirmier restreint l’ouverture d’aires de confinement et d’unité, comme celle temporaire construite dans le stationnement de l’Hôpital du Suroît.

Des décès et des souffrances qualifiées d’évitables seraient des conséquences de la gestion qualifiée de douteuse.

Une démission qui fait mal

Le mois dernier, les médecins ont perdu un pivot dans la structure avec la démission de la directrice des services professionnels (DSP) au CISSSMO. Cette personne assurait un lien entre le plancher et les gestionnaires. «Elle était imprégnée de ce qui se passe sur le terrain, mentionne Dre Lemay. Elle connaissait les pratiques, les bons comme les mauvais coups. Mais il y avait une incapacité d’agir.»

Dr Le-Phat-Ho en vient au même constat. «J’ai senti qu’il n’y avait pas de collaboration avec notre DSP, qu’elle était mise de côté, laisse-t-il entendre. Aussi, il y a eu une succession de DSP, ce qui est un signe de dysfonctionnement. C’était une personne rassembleuse. Notre objectif est qu’elle revienne.»

Recrutement difficile

Le CISSSMO multiplie les initiatives pour recruter du personnel. Or, selon les médecins, le CISSSMO n’aurait pas un pouvoir d’attraction aussi grand que ses compétiteurs. «Les finissants ne voient pas le CISSSMO comme attrayant. Il va y avoir le futur Hôpital de Vaudreuil-Soulanges qui sera difficile à staffer. Ça pourrait vider Valleyfield. Il y a eu des problèmes pour attirer des gens à cet endroit tout comme à Ormstown ou Vaudreuil-Soulanges dans le passé.»

Dre Lemay pense que les efforts de recrutement devraient être plus grands. D’autant plus qu’un fleuron, une pépinière pour la relève en médecine familiale, est établi sur le territoire. «Il faudrait ouvrir les portes plutôt que de les fermer», a-t-elle lâché.

Les médecins ont aussi rappelé que le CISSS de la Montérégie-Ouest a été le seul à annuler les vacances de ses infirmiers au Québec.

La parole à la population

Ce cri du cœur vise à conscientiser la population de ce qui se passe dans leur réseau de santé local. Un réseau fragilisé par les différentes réformes qui ont eu pour effet de centraliser le volet administratif et couper des ressources. «On a des réunions tous les jours pour tenter de dénouer la crise, explique Dr Le-Phat-Ho. Mais en ce moment, il y a un bris de confiance.»

Dre Lemay pense qu’il est temps de reconnaître que le CISSSMO est un parent pauvre du réseau de la santé. «La parole est à la population, ajoute-t-elle. La santé doit être une valeur importante pour elle. Si elle n’est pas d’accord, elle doit se soulever. Avoir une parole. Il est probablement temps de lui donner une parole à la population.»

La réaction du CISSSMO

Le CISSSMO a fait parvenir une réaction tout juste avant l’heure du dîner lundi. Il laisse entendre que les conséquences de la crise sanitaire sont bien présentes. Les enjeux, présents avant la pandémie, ont été exacerbés au courant de la dernière année.

«Nous prenons très sérieusement le cri du cœur des médecins et du personnel de première ligne, soutient Yves Masse, pdg du CISSSMO. La situation de pandémie a accentué nos enjeux de main-d’œuvre et  je vous assure que l’équipe du CISSSMO travaille sans relâche à trouver des solutions. Nous sommes très fiers d’accueillir en mai prochain 65 candidates externes à la profession infirmière (CEPI) et 99 infirmières externes. Également, tel que communiqué par notre ministre, des discussions sont en cours avec le ministère de la Santé et des Services sociaux.  Nous tendons la main aux médecins et aux syndicats pour poursuivre le travail de collaboration déjà amorcé. Nous avons tous le même objectif d’offrir des soins de santé et des services sociaux de qualité, et c’est en travaillant ensemble, d’une même voix, que nous pourrons améliorer la situation. »

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