Comment l’interdiction d’arroser a permis de remettre le système à flots

Par Michel Thibault
Comment l’interdiction d’arroser a permis de remettre le système à flots
(Photo : Pixabay)

 

La Ville de Châteauguay a levé le 3 juin l’interdiction totale d’arroser qui était en vigueur depuis le 21 mai. Le respect de la consigne a permis de remettre à flots le réseau de production et de distribution d’eau potable de la municipalité qui abreuve aussi Léry, Mercier, Sainte-Martine, Saint-Isidore et Saint-Urbain-Premier.

Philippe Marin, chef de la Division hygiène du milieu

Ce n’est pas le bar ouvert pour autant. Le règlement sur l’arrosage est maintenant en vigueur.

Une très forte augmentation de l’utilisation de l’eau couplée à un mois de mai très sec a amené les autorités à serrer la vis, a fait part, mercredi, Philippe Marin, chef de la Division hygiène du milieu de la Ville de Châteauguay.

Pour le bénéfice des lecteurs, il a résumé, avec le maire Pierre-Paul Routhier, comment l’eau potable est produite et distribuée ainsi que les enjeux qui touchent l’aqueduc.

Châteauguay tire la grande majorité de son eau d’un puits baptisé Chèvrefils situé près du Centre nautique. Un tuyau central s’enfonce dans le sol. Des tuyaux troués appelés crépines sont disposés en rayons à l’horizontale à son extrémité.  Ils servent à aspirer l’eau de la nappe phréatique. Une certaine quantité est pompée du lac Saint-Louis à proximité mais n’est pas injectée directement dans le système. L’eau du lac est ajoutée à un bassin en surface dont le contenu percole dans la nappe phréatique.

Nappe qui n’est pas une source infinie et inépuisable. Elle a un fond. Normalement, on y boit et la nature la remplit au fur et à mesure. Cet équilibre est rompu à l’occasion, généralement par temps sec. C’est ce qui s’est produit en mai.

Forte consommation et temps sec

(Photo Pixabay)

En mai, la consommation d’eau potable a explosé. Le 27, elle a atteint 46 000 m3/j, soit environ 11 000 m3/d de plus qu’en 2019 pour l’ensemble des 68 000 adresses desservies. « C’est comme si 12 000 personnes de plus s’étaient branchées au réseau », observe M. Marin.

Le beau temps conjugué au confinement a contribué au phénomène. Les gens à la maison ont rempli des piscines, lavé des autos et arrosé pelouse et jardins en grand. « On ne le voit pas mais c’est un autre impact. Il y a des impacts majeurs du confinement. Partout « , a souligné le maire Routhier.

À l’opposé, peu de pluie a enrichi la nappe phréatique. Durant le mois de mai, seulement 25 mm sont tombés alors que la normale est de 75 mm. En mai 2019, les nuages avaient lâché 108 mm de liquide sur Châteauguay. Aucune interdiction d’arrosage n’avait suivi durant l’été.

Seuil de danger

La baisse de la nappe phréatique jusqu’au niveau zéro pourrait avoir de graves conséquences. Le puits aspirerait alors des sédiments qui pourraient causer de graves dommages à tout le réseau d’approvisionnement en eau potable, souligne Philippe Marin. Pour éviter cette catastrophe, un mécanisme de protection est en place. Une alerte se déclenche lorsque le niveau de la nappe phréatique atteint un niveau critique.

C’est ce qui guettait la Ville en mai si la tendance se maintenait. Pour répondre à la demande, il aurait fallu accélérer le pompage.  « Si on avait mis les pompes au RPM voulu, on serait tombé en urgence, explique Philippe Marin. On aurait trop abaissé la nappe rapidement. L’alarme de niveau d’eau aurait allumé, on aurait arrêté les pompes. Et ce n’est pas ça qu’on veut arrêter les pompes parce qu’on se ramasse avec des courts-circuits dans le réseau, basse pression, des coups de bélier, de l’eau sale et toute une remise en fonction problématique. »

Comme un corps humain

L’équilibre est revenu. Mercier a aussi levé l’interdiction d’arroser ce mercredi.  « Mercier a fait son effort aussi. On le voit qu’ils ont réduit.  Ils étaient à 14 000, 13 000, 12 000 mètres cubes d’eau par jour et ils ont baissé à 8000. Sainte-Martine et Léry ont aussi fait leur part. Tout le monde a collaboré là-dedans », apprécie Philippe Marin.

Même si la nappe est mise pour arroser le gazon, les citoyens doivent respecter des consignes pour éviter que tous les robinets s’ouvrent en même temps. À peu près la moitié des habitants des villes desservies peuvent arroser un jour sur deux en fonction de la date et de leur adresse.

L’aqueduc peut se comparer au réseau vasculaire du corps humain. En cas d’hémorragie, la tension artérielle chute. Ouvrir la majorité des robinets du réseau se compare à une hémorragie, convient Philippe Marin. « C’est la même chose, le réseau artériel d’un être humain, c’est la même chose qu’un réseau d’aqueduc », note-t-il.

Aide-mémoire

Châteauguay extrait l’eau de la nappe phréatique grâce à un puits principal et deux puits secondaires

L’eau est filtrée naturellement en percolant dans le sol

Un système de grilles empêche les particules de s’infiltrer dans les puits

4 pompes tirent l’eau des puits

L’eau traverse une station de traitement où elle est chlorée et exposée à des rayons ultraviolets pour éliminer les bactéries

L’eau est pompée dans l’aqueduc

Deux réservoirs, dont un inauguré en 2019, contribuent à maintenir des réserves et assurer une pression adéquate dans le réseau

Par temps sec et en cas de grande utilisation, ces réservoirs peuvent baisser à un point critique

L’eau puisée est pompée dans des kilomètres de tuyaux pour alimenter 68 000 adresses.

Le point le plus loin de la source à Châteauguay est situé à Sainte-Martine à environ 20 km.

 

Bassin du puits Chèvrefils. L’eau en surface percole jusqu’à la nappe phréatique où elle est captée par des tuyaux perforés. (Photo Michel Thibault)
L’eau potable vient d’un puits composé d’un tuyau vertical terminé par des tuyaux horizontaux avec des trous. Ces tuyaux sont placés en rayons au niveau de la nappe phréatique pour aspirer l’eau.
(Image Michel Thibault)
Le niveau du lac Saint-Louis a baissé de près de 30 cm en quelques jours. Châteauguay y puise une partie de son eau pour l’aqueduc. À un certain niveau, ce n’est plus possible.
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Michel ThibaultRobert Deom Recent comment authors
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Robert Deom

Vraiment bonne reportage

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