Des organismes communautaires craignent pour leur survie

Par Audrey Leduc-Brodeur
Des organismes communautaires craignent pour leur survie
Viriginie Bernier (Photo : Archives Michel Thibault)

Des organismes communautaires réfléchissent à leur avenir, alors que certains sont forcés de se réinventer en temps de pandémie, faute de pouvoir se rassembler ou de tenir des activités-bénéfice.

La Corporation de développement communautaire Roussillon prévoit une baisse des revenus des organismes sur son territoire, puisque leurs collectes de fonds traditionnelles «ne tiennent plus la route», souligne la coordonnatrice Virginie Bernier.

«Quelle sera la capacité financière de la population que l’on sollicite habituellement pour des dons? Nous savons que le budget des citoyens et citoyennes sera serré dans les prochains mois», convient-elle.

Certains bailleurs de fonds du milieu communautaire, comme Centraide, doivent eux-mêmes redoubler d’ardeur pour amasser de l’argent, puis le redistribuer aux organismes.

«Ces campagnes sont nourries par de grandes entreprises, par des travailleurs et travailleuses, par des événements-bénéfice. Quel sera l’impact des baisses de revenus de ces entreprises, voire de la faillite de certaines, des collectes auprès de travailleurs maintenant mis à pied et des événements qui ne pourront pas se tenir de façon habituelle?» se questionne Mme Bernier.

Cette dernière rappelle que la crise a amené de généreux donateurs à verser des montants d’urgence à des organismes d’aide. Elle se demande si leur contribution se poursuivra au-delà de la pandémie.

Un diffuseur qui doit attendre

Puisqu’elle ne peut pas diffuser de spectacle devant public, ni servir à boire et à manger, Émilie Fortier, directrice générale du café culturel La Factrie à Salaberry-de-Valleyfield, a lancé une collecte de fonds pour éponger les pertes.

Elle évalue ses besoins financiers à 25 000$ si elle doit rester fermée jusqu’en septembre. L’organisme a amassé 5 000$ en date du 28 mai.

«Nous voulons maintenir l’entreprise à flot, explique-t-elle. Nous travaillons sur un événement pour juin, mais les gros joueurs dans le milieu vont le faire aussi bientôt. Nous devrons nous démarquer.»

Pas d’activités avant un vaccin

Pour le moment, la Maison des aînés de La Prairie n’est pas inquiète pour sa situation financière, mais elle ne peut s’empêcher de remettre en question sa vocation, confie le responsable de l’organisme qui tient des activités à l’année pour divertir les aînés.

«Tant qu’il n’y aura pas de vaccin, nous ne pourrons pas nous réunir, fait remarquer André Gallant, qui souligne que l’âge moyen de ses membres est de 72 ans. D’ici à ce qu’on puisse le faire, ça implique que nous devrons recruter du personnel pour apprendre à nos membres comment utiliser les outils technologiques.»

M. Gallant raconte qu’il a dû lui-même passer quelques heures au téléphone avec certains d’entre eux pour leur expliquer le fonctionnement des plateformes de conversation virtuelle Zoom et Skype.

Néanmoins, une poignée d’activités parmi la programmation régulière pourraient se tenir, précise M. Gallant. La marche et les séances d’étirement qui suivent, par exemple, sont facilement praticables à 2 m de distance.

«Notre mission est de garder un lien d’appartenance et de briser l’isolement chez les aînés, rappelle le responsable. Nous essayons de le faire en leur envoyant des courriels. Ils nous disent qu’ils s’ennuient de se rassembler.»

À la recherche de bénévoles

Du côté de l’Entraide chez nous à Longueuil, c’est l’absence de bénévoles qui pourrait être fatal. De 25 à 45 d’entre eux participent généralement aux opérations de la friperie et de la banque alimentaire, notamment, mais la plupart sont âgés de 70 ans et plus.

«Ça fait des semaines que je me réveille à 4h du matin parce que j’envisage la suite.» -Mary Claire MacCleod, directrice de l’Entraide chez nous

«Je regardais le profil de chacun et je me disais, non, ce n’est pas possible que soit leur âge, ils sont tellement en forme!, s’exclame Mary Claire MacCleod, directrice. Certains viennent tous les jours à vélo.»

La responsable n’a pas l’habitude de refuser des bénévoles, souligne-t-elle.

Ses craintes vont aussi loin qu’à la conception des paniers de Noël et à la guignolée, qui nécessitent la présence d’au moins 35 d’entre eux. Mme MacCleod s’inquiète des répercussions sur sa clientèle. La fin de la prestation d’urgence canadienne pourrait amener une plus forte affluence, croit-elle.

D’ici là, elle s’informe à savoir si l’organisme est éligible à la subvention couvrant 75% des salaires, puisque la fermeture de sa friperie pendant plus de deux mois a engendré des pertes de revenus.

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