Éternelle nostalgique

Par Katherine Harvey-Pinard
Éternelle nostalgique
Je me trouve ici sur le quai de Barcelone... Ah, nostalgie! (Photo : Katherine Harvey-Pinard)

Je suis une éternelle nostalgique.

Je suis le genre de personne qui répète chaque vendredi que la semaine a passé vite. Ç’en est presque lourd parfois. Il ne passe pas un jour sans que je relate une situation passée qui m’a marquée, aussi banale soit-elle. Chaque souvenir fait rejaillir une émotion et a le pouvoir d’influencer mon humeur.

Dans Le Petit Larousse 2017 – le seul dictionnaire que j’ai à portée de main au moment d’écrire ces lignes –, on définit la nostalgie comme un «regret attendri ou désir vague accompagné de mélancolie». Dans mon livre à moi, elle n’est pas négative. Elle ne réfère pas à des regrets, mais plutôt à des moments passés qui m’ont émue, chacun à leur façon.

Récemment, comme tous les deux ou trois mois, je suis retombée dans mes photos d’un voyage en Europe. J’avais mis les pieds dans neuf pays en quatre mois. J’ai été émue en regardant mes clichés, alors que je me suis rappelé le sentiment de liberté qui m’avait envahie en marchant seule sur le quai de Barcelone, par exemple, ou à la minipanique que j’avais ressentie quand je m’étais retrouvée coincée dans une petite ville tchèque, un dimanche soir. J’aimerais tellement revivre ces moments, ç’en est presque douloureux.

«Le parfum de l’âme, c’est le souvenir.»

-George Sand

Je pourrais aussi vous parler des cartables dans lesquels je place chacun de mes articles publiés dans le Journal au cours des trois dernières années. Je les feuillette, une ou deux fois par année, et je me remémore des entrevues.

Les circonstances actuelles n’aident pas ma cause; la pandémie m’ayant rendue nostalgique de situations complètement banales.

Je repense souvent au sentiment de satisfaction de terminer une semaine de travail au bureau, de monter dans mon auto et d’écouter de la musique en chantant à tue-tête sur le chemin du retour.

Je m’ennuie aussi d’hésiter devant un menu au restaurant, même si je finis toujours par prendre la même chose. D’aller au centre d’achat deux fois en une fin de semaine, sans devoir penser à amener mon masque. De jouer au ping-pong sur l’heure du dîner et de gagner à tout coup – Salut Hélène!

J’ignorais que ces situations, aussi simples soient-elles, me faisaient autant de bien.

J’apprécie ma nostalgie, elle me définit. Mais j’essaie de me rappeler au quotidien qu’avant de devenir un souvenir, chaque moment est d’abord un présent. Et je me plais à dire que la pandémie a été une grande leçon dans ma courte vie; celle que rien ne devrait être pris pour acquis.

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