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Le casse-tête des patinoires

le mercredi 07 février 2024
Modifié à 13 h 27 min le 07 février 2024
Par Valérie Lessard

vlessard@gravitemedia.com

La famille Rincon-Andrade a profité de la glace de l’Agora citoyenne le 30 janvier. (Photo : Le Soleil - Valérie Lessard)

Mercure au-dessus de zéro, absence de neige, verglas, pluie, froid et neige. Ce cocktail météo qui varie depuis le début de l’hiver complique sérieusement l’entretien des patinoires extérieures dans la région. Car pour avoir une belle glace, plusieurs conditions météo doivent être réunies.

«Pour débuter une patinoire, il faut trois jours minimum à -15 degrés pour que le sol puisse geler et qu’on puisse monter une patinoire. Là, notre problème, c’est qu’on n’a pas eu de -15, de -20 à date», explique Steeve Rioux, contremaître parc, bâtiments, espaces verts à la Ville de Mercier. Il a tout de même été possible d’en monter quelques-unes sur des surfaces telles que l’asphalte ou le gravier, mais pas sur les pelouses puisque le sol n’est pas encore suffisamment gelé.

«La température joue beaucoup contre nous autres», reconnait l’employé municipal. Et parfois, même les prévisions météorologiques leur jouent des tours. «On a des gens qui ont arrosé deux couches cette nuit, explique-t-il lors de l’entrevue le 31 janvier. En théorie, ils auraient pu en mettre plus, mais ils n’ont pas été capables parce qu’il ne faisait pas assez froid.»

Être obligé de refaire continuellement les patinoires donne l’impression à M. Rioux de ne jamais avoir «un produit fini».

«Qu’elle soit à recommencer chaque jour parce que les gens jouent dessus c’est pas grave, c’est comme passer la zamboni dans un aréna. Sauf quand ce n’est pas la population, mais la nature qui nous nuit, c’est sûr que ce n’est pas agréable» -Steeve Rioux, contremaître à Mercier

En réflexion à Châteauguay

À l’Agora citoyenne à Châteauguay, Tristan Farago profitait de la patinoire en fin de journée le 30 janvier avec son ami. «Ce n’est pas facile de trouver une patinoire. Samedi dernier je suis venu ici pour patiner, mais ce n’était pas de la glace, c’était de la slush parce qu’il faisait chaud et maintenant c’est super froid. La température a extrêmement changé», commente-t-il.

La patinoire à l'Agora à Châteauguay. (Photo : Le Soleil - Valérie Lessard)

La glace de l’Agora est généralement celle qui dure le plus longtemps étant donné qu’elle est recouverte d’un toit et davantage protégée des intempéries.

La Ville de Châteauguay a d’ailleurs indiqué sur son site être en réflexion par rapport aux patinoires extérieures. «Année après année, le début toujours plus tardif de la saison de patinage extérieur démontre l’impact direct des changements climatiques. En ce sens, la Ville étudie présentement la viabilité et les coûts d’entretien de certaines de ses infrastructures hivernales», écrit-elle en faisant référence aux anneaux de glace des parcs Marcel-Seers, Oliver et Billings. La Ville dit consacrer un budget annuel d'environ 225 000 $ pour l'entretien des patinoires, ce qui inclut  l'achat de matériaux, l'assemblage et l'installation des bandes, l'arrosage, le déneigement et la surveillance des différentes patinoires. «Comme à chaque fin d’année, un bilan de saison sera effectué pour évaluer le service offert à la population, définir les besoins et les priorités en prévision de l’année suivante», indique Audrey Jacques, cheffe des communications à la Ville dans un courriel. Elle ajoute que l'analyse tiendra compte des «changements climatiques marqués des dernières années».

La patinoire du parc Marcel-Seers à Châteauguay en date du 30 janvier. (Photo : Le Soleil - Valérie Lessard)

Un citoyen a aussi questionné les élus au conseil municipal de janvier au sujet de la possibilité d’avoir une glace réfrigérée extérieure. «C’est quelque chose qu’on a commencé à regarder, mais je ne peux pas vous dire que c’est dans nos plans, a commenté le maire de Châteauguay Eric Allard. On commence par faire une piscine.»

Conditions défavorables

La Montérégie est en déficit de 30 à 40 cm de neige cette saison, selon le météorologue André Monette, de Météomédia. L’hiver 2023 est l’un des plus chauds depuis 1942.

«Nous n’avons pas eu une journée en bas de -20°C dans la région du Grand Montréal, soutient M. Monette. La seule autre fois qu’on a vécu ça, c’était en 2002 où on a eu l’hiver le plus doux enregistré.»

Il explique que les températures douces de l’eau des océans ont influencé la météo en Amérique du Nord cette année. Toutefois, dans les régions plus au nord du Québec comme les Laurentides, le mercure était plus froid.

«Quand on est dans un temps doux, on se rapproche du 0°C, ce qui nous donne un mélange de précipitations, soit de neige, de grésil ou de pluie, poursuit le météorologue en chef. Ce n’est pas optimal pour les sports d’hiver.»

André Monette estime que la Montérégie continuera de subir des températures plus chaudes jusqu’au 14 février, mais que la région peut espérer du temps plus froid vers la fin du mois. Cependant, cela pourrait être de courte durée, puisque les températures recommenceront à grimper à l’approche de mars.

(Avec la collaboration de Guillaume Gervais)