Sports

Le jiu-jitsu dans le sang

vendredi le 08 octobre 2021
Modifié à 15 h 56 min le 08 octobre 2021
Par Michel Hersir

Les quatre membres de la famille Mendanha (Photo : Le Soleil de Châteauguay - Denis Germain)

Chez les Mendanha, le jiu-jitsu est une affaire de famille. Les quatre membres de la famille québécoise d’origine brésilienne sont des adeptes de cet art martial et ont réalisé un exploit hors du commun au début du mois de septembre, alors que les deux générations ont remporté des médailles au cours de la même compétition internationale.

Les deux parents, Rodrigo et Fernanda, ainsi que leur fille Gabriela, ont remporté cinq médailles aux championnats panaméricains qui étaient présentés du 1er au 5 septembre. Leur fils André, lui? Il aurait bien voulu ajouter une médaille au palmarès, mais était trop jeune pour participer à la compétition.

«D’aller à la compétition tous ensemble, c’est surréel», affirme Fernanda, qui a remporté une médaille d’or dans sa catégorie de poids et une médaille de bronze tous poids confondus.

Alors que la famille s’est entraînée ensemble en vue de cet événement, le sentiment de fierté est partagé par tous les membres. Gabriela souligne d’ailleurs l’avantage d’avoir un objectif commun.

«J’aime bien ça, avoir ma famille avec moi, parce que tout monde est sur la même longueur d’onde, indique l’adolescente de 15 ans, qui, comme sa mère, a remporté deux médailles. Ce n’est pas comme si quelqu’un allait manger de la cochonnerie; on est tous dans la même pensée, avec le même but et on peut tous s’appuyer.»

Pour sa part, Rodrigo avait arrêté la compétition depuis quelques années, alors qu’il se concentrait sur son école de jiu-jitsu Gracie Barra à Brossard. Avec la pandémie, il s’est toutefois donné l’objectif d’inspirer ses élèves en retournant sur les tapis de compétition. Il a réussi son but en remportant une médaille de bronze.

Du Brésil au Québec

C’est au cours d’un échange étudiant à Chicago que Rodrigo a découvert son amour des sports de combat avec la lutte. Son retour au Brésil a coïncidé avec l’ouverture d’une école de jiu-jitsu Gracie Barra, comme celle qu’il gère aujourd’hui avec Fernanda. Il s’y est inscrit, et depuis, la passion n’a jamais cessé.

Le jiu-jitsu gardait cependant le statut de loisir dans la famille, alors que Fernanda et Rodrigo ont tenu une agence de publicité pendant 13 ans au Brésil.

«On n’était pas tout à fait heureux, souligne Fernanda. Surtout Rodrigo; il voulait vraiment vivre du jiu-jitsu. Quand on a entendu parler de Georges St-Pierre, qui était ceinture noire de jiu-jitsu, et des opportunités au Québec, on a évoqué l’idée de faire le processus d’immigration.»

Ils sont donc venus dans la province pour en connaître un peu plus et ont rencontré Bruno Fernandes, celui qui a aidé Georges St-Pierre à graduer ceinture noire. L’entraîneur a encouragé les Mendanha à s’installer ici pour aider à établir cet art martial peu connu au Québec.

C’est ainsi que la famille a déménagé dans la province. Après avoir travaillé quelque temps dans un gymnase à Montréal avec Bruno Fernandes, ils ont ouvert leur propre centre Gracie Barra à Brossard.

Fernanda, Gabriela et Rodrigo avec leurs médailles des Jeux panaméricains (Photo : Gracieuseté)

Les enfants également passionnés

Même si le jiu-jitsu est une passion pour les parents, Rodrigo et Fernanda voulaient éviter de pousser leurs enfants vers la discipline.

«Ma principale crainte, comme entraîneur et père à la fois, était que mes enfants me disent : "papa, je l’ai fait parce que tu m’as trop poussé"», admet Rodrigo, qui tenait toutefois à ce que ses enfants pratiquent un sport de compétition, peu importe lequel.

Mais comme la famille avait peu de connaissances dans son entourage à son arrivée au Québec, et comme le jiu-jitsu se pratique surtout de soir et de fin de semaine, les parents amenaient tout le temps Gabriela et André avec eux au gymnase.

«Ils venaient avec nous, mais ne faisaient pas de jiu-jitsu, explique Fernanda. Parce que pour nous, c’était sérieux, ce n’était pas un jeu d’enfants. Mais là, ils voyaient d’autres enfants qui le faisaient et qui s’amusaient, donc, ça leur a donné le désir d’en faire eux aussi. Alors ils étaient sages, sur le tapis, parce qu’ils ne voulaient pas perdre le droit de faire le jiu-jitsu!»

Les deux jeunes ont ainsi commencé à pratiquer l’art martial et ont développé un talent pour le sport, même s’ils ont un style bien différent. Ils sont aujourd’hui inscrits en sports études en judo, et pratiquent le jiu-jitsu à l’extérieur de l’école secondaire.

«C’est sûr que toute ma vie va être sur le jiu-jitsu, affirme Gabriela, qui participera au Championnat du monde en décembre. Mon but est d’être une athlète de haut niveau et éventuellement, d’ouvrir mon propre gymnase.»

Bannies au Québec

Malgré la popularité grandissante du sport, les compétitions de jiu-jitsu sont complètement interdites au Québec depuis 2017. L’entraînement est permis, mais les athlètes doivent sortir de la province pour les tournois. Pour les Mendanha, qui sont venus au Québec en grande partie pour le jiu-jitsu, c’est un irritant, mais ils se consolent en regardant l’engouement que prend le sport.

«Quand on est arrivés ici, l’organisation avait une école; aujourd’hui, on en a huit, et je parle juste de la bannière Gracie Barra, souligne Fernanda. Huit écoles dans une province où le sport est criminalisé, je pense que c’est impressionnant!»

Les voyages sont ainsi nombreux pour la famille, qui trouve tout de même que le jeu en vaut la peine.

«Un soir, l’entraînement est au Parc olympique; le lendemain, c’est ailleurs à Montréal; après, c’est à Brossard, raconte Fernanda. Mais si ce sont des problèmes de logistique qu’on a, c’est un bon problème. Je préfère ça aux autres problèmes que les parents d’adolescents ont!»

«Quand tu fais quelque chose avec autant d’amour, tu finis par trouver un moyen de poursuivre», assure Rodrigo.

 

Jiu-Jitsu ou «l’arte suave»

En portugais, le jiu-jitsu est appelé «l’arte suave», soit l’art doux ou l’art tendre. L’essence de cet arte suave est la soumission contrôlée de l’autre personne.

«Il n’y a pas de coups de pied, pas de coups de poings, indique Fernanda. Le but est de contrôler l’autre personne dans une position dont elle ne peut pas sortir, dans laquelle elle ne peut pas bouger. Parfois tu gagnes, parfois tu perds, mais lorsque tu lâches la personne, son intégrité physique est préservée.»

Les Mendanha soulignent que les blessures sont beaucoup moins fréquentes que pour les autres sports, malgré les prises comme les clés de bras ou les étranglements.

«Pour nous, notre école est une famille, un endroit où les gens doivent faire confiance aux autres et laisser leur orgueil de côté, soutient Rodrigo. On promeut des valeurs importantes pour la vie de tous les jours.»

 

 

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