Octogénaire atteint d’un cancer incurable sommé de quitter l’hôpital «par erreur»

Par Valérie Lessard
Octogénaire atteint d’un cancer incurable sommé de quitter l’hôpital «par erreur»
(Photo : Photo: Depositphotos)

La famille d’un Châteauguois de 86 ans atteint d’un cancer du cerveau hospitalisé à Anna-Laberge a dénoncé une lettre reçue de l’établissement qui stipulait que le patient avait cinq jours pour quitter l’hôpital puisque son état ne nécessitait plus d’hospitalisation. Le Centre de santé et de services sociaux de la Montérégie ouest assure qu’il s’agit d’une erreur et qu’un tel document n’est plus remis.

Le conjoint de la Châteauguoise Lisette Degrain a été admis à l’hôpital Anna-Laberge à Châteauguay à la fin du mois de février. Après plusieurs tests, l’homme de 86 ans a reçu un diagnostic de cancer du cerveau. Il a été convenu entre le patient, la famille et le corps médical que le Châteauguois ne serait pas opéré et que des soins de confort lui seraient prodigués. Le jeudi 8 mars, on a remis à Mme Degrain divers documents dont une lettre, qui est rédigée sous forme de communiqué, intitulée Information sur votre changement de statut suite à la fin de votre épisode de soins aigus.

Dans ce document, l’établissement de santé mentionne «qu’aucun usager ne peut rester dans un lit d’hôpital, et ce, dès qu’un médecin de l’hôpital statue qu’il n’est plus nécessaire que vous soyez hospitalisé». On y précise «qu’un intervenant assigné au dossier évaluera les besoins spécifiques et que le retour dans votre milieu de vie (domicile ou résidence privée) demeure l’option à privilégier». La famille doit trouver une alternative dans un délai maximum de cinq jours.

Une lettre «cavalière»

Mme Degrain, et sa fille Martine Clément, ont été choquées par cette lettre que cette dernière qualifie de «cavalière et honteuse». «Je comprends qu’il ne puisse pas être hospitalisé éternellement, mais mon père est malade et il a besoin de soins. On ne peut pas demander à ma mère de prendre en charge cette responsabilité», déplore Mme Clément.

Mme Degrain dit avoir reçu une liste des résidences dans la région avec la fameuse lettre. «On m’a remis cette lettre sans plus d’explications, raconte Mme Degrain. Je suis seule, j’ai 83 ans et on me demande de prendre un malade, gravement malade et de trouver une résidence abordable.» «La liste des résidences qu’on a remis à ma mère sont des soins privés où les coûts sont faramineux de 4500 $ à 5000 $ par mois. Ces coûts sont absolument hors de portée du portefeuille de ma mère», ajoute Martine Clément.

En raison de l’état de santé du Châteauguois, les dames auraient souhaité une place en soins palliatifs pour lui. «Il n’y est pas admissible parce qu’il n’y a pas encore de pronostic de fin de vie de moins de trois mois», précise Mme Clément. Mon père est en phase de fin de vie et il n’y a pas de place ni en CHSLD ni aux soins palliatifs».

Aux termes de démarches personnelles et avec l’aide d’une travailleuse sociale, la famille a trouvé une place en résidence privée pour le patient en attendant qu’une place en CHSLD se libère. Il y reçoit des soins supplémentaires du CLSC à cet endroit.

Mme Clément a porté plainte au Comité des usagers de Jardins-Roussillon et a également transmis à sa lettre au ministre de la Santé Gaétan Barrette.

Une erreur

Contactée à ce sujet par  Le Soleil de Châteauguay, la porte-parole du Centre de santé et de services sociaux de la Montérégie-Ouest Jade St-Jean a affirmé que la lettre avait été remise par erreur à Mme Degrain. «La lettre remise a le logo du CSSS Jardin Roussillon (NDLR :qui n’existe plus depuis la fusion des sites en 2015) et n’est plus utilisée. Nous nous sommes toutefois assurés qu’il n’y ait plus de copies imprimées de cette dernière afin d’éviter qu’elle soit de nouveau remise par erreur».

La lettre en question.

Les options après l’hôpital

Mme St-Jean souligne cependant qu’il est vrai que différentes démarches sont prises lorsqu’une hospitalisation n’est plus nécessaire. «Bien que l’hôpital puisse être perçu comme un lieu rassurant et sécuritaire, il faut comprendre que c’est un endroit temporaire pour permettre de recouvrer la santé et ainsi pouvoir retourner dans son milieu de vie, explique-t-elle. Une hospitalisation prolongée peut entraîner des impacts importants chez la clientèle plus âgée (ex. : perte d’autonomie et de repères, déconditionnement physique, délirium, etc.).»

Lorsque le congé de l’hôpital approche, un intervenant accompagne la famille et le patient pour évaluer les différentes alternatives en fonction de la condition de la personne, précise la porte-parole. «La première solution est généralement le retour dans le milieu de vie d’origine de la personne, car c’est souvent le souhait de cette dernière» indique Mme St-Jean.  Le réseau de la santé mise aussi sur le soutien à domicile. Mme St-Jean mentionne que 700 000 heures de soutien à domicile ont été effectuées sur le territoire de la Montérégie ouest au cours de la dernière année.

Quant aux places en centre d’hébergement (CHSLD), elles sont réparties en fonction de listes d’attente. «Il est très difficile de déterminer l’attente dans nos différents centres d’hébergement puisque les places se libèrent lors d’un décès ou d’un transfert de milieu», précise la porte-parole.

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salenson
salenson
2 années

il est tout à fait normal que l’hôpital refuse de garder un malade pour lequel aucun soin particulier réservé à l’hôpital n’est nécessaire
L’hôpital n’est pas fait pour recevoir les mourants. mais pour guérir ou rendre une vie meilleure aux malades.
Il a besoin de lits pour cela et s’il manque de lits, il lui est nécessaire de déplacer les personnes qui ne relèvent pas de l’hôpital.
Par contre, on ne prévient pas les familles du départ nécessaire de l’hôpital de son mourant en leur donnant 5 jours pour se retourner… et habituellement les services sociaux de l’hôpital guident les familles pour trouver une solution : retour à la maison, avec de l’aide, ou placement en institution, à un tarif public (1800€ par mois minimum en EHPAD)
D’autres hôpitaux gardent les malades indûment lorsqu’ils manquent de clients: c’était le cas à Guéret où mes parents ont eu le malheur d’aller. Mieux ou pire? je ne sais pas…

Sylvie C. Roy
Sylvie C. Roy
2 années

Je trouve cela désolant. J’ai deux centres de type familial et je dois fermer des lits car je ne epeux héberger de personnes comme cet homme malade car on me dit que je dois avoir 10 lits et plus afin que je sois acceptée pour héberger des personnes qui sont malades ainsi. J’ai demandé 2 lits et on me refuse aussi de payer la différence que coûterait les heures/soins pour un bon service empathique avec un personnel fromé . Ce qui coûterait moins cher au client, moins chser au réseau de la Santé et ce qui m’aiderait à payer des salaires adéquats. Je ne suis pas la seule petite résidenc dans ce cas et probablement dans votre secteur. Il faudrait tout repenser la façon de faire . Il est certain que si des chambres deenvergure aiderait amplement les familes qui verraient leur procher avoir de très bons soins et des petites rsidences de tyupe familial fermées.