Opinion

Réagir au nouveau choc pétrolier

mercredi le 09 mars 2022
Modifié à 0 h 00 min le 04 mars 2022
Par René Vézina

redactiongm@gravitemedia.com

René Vézina (Photo gracieuseté)

Le prix de l’essence vient d’atteindre un niveau record.

Record? Pas tout à fait. À l’été 2008, il avait grimpé jusqu’à 1,50$ le litre. En tenant compte de l’inflation, ça signifierait 2$ aujourd’hui. Au moins, on n’en est pas encore là. C’est une mince consolation.

Si la facture continue de grimper, ou même si elle demeure au niveau actuel, le choc sur les finances des ménages sera douloureux.

Nous n’avons pas vraiment d’influence sur ce conflit entre la Russie et l’Ukraine qui entraîne des représailles des pays développés contre l’agresseur russe et qui pousse le prix du pétrole à la hausse.

Il faut savoir que la Russie est le deuxième producteur mondial derrière les États-Unis, devant l’Arabie saoudite et le Canada au quatrième rang. Et malgré que nous n’importions pas de pétrole russe ici, le fait que l’approvisionnement mondial risque de diminuer si les sanctions s’amplifient pousse le prix mondial à la hausse… et nous frappe nous aussi.

Que faire? À court terme, nos options sont limitées.

L’électrification des transports est bien lancée, mais les constructeurs ne réussissent pas à répondre à la demande. Les délais pour l’achat d’une voiture électrique s’allongent. Il faut des mois, parfois plus d’une année, pour obtenir le véhicule désiré, qui permettrait de se ficher des stations-service. Et encore faut-il pouvoir s’en payer un.

Les transports en commun? Les réseaux peinent à se relever au moment où la pandémie achève. Leurs finances sont en piteux état, faute de fréquentation. Via Rail vient de faire savoir qu’elle aura besoin d’un apport de fonds substantiel pour éviter de mettre à pied des centaines d’employés, alors même que les dessertes ne sont pas revenues à la normale. Les services d’autocars interurbains sont eux aussi encore réduits.

Au moins, dans les grandes agglomérations comme à Montréal, il est possible d’utiliser les systèmes de transport en commun même si bien des usagers demeurent méfiants.

Mais ça n’aide pas les déplacements sur de plus longues distances…

La voiture demeure donc incontournable et la consommation de pétrole aussi.

Pourrait-on limiter ce nouveau choc pétrolier? Oui, si nous pouvions augmenter l’offre, du moins à court terme.

Vous saviez que le Québec possède lui-même des gisements, comme en Gaspésie? Qu’il serait possible de mettre en valeur tout en limitant les dommages à l’environnement? Oui, mais le gouvernement du Québec vient d’interdire toute exploitation d’hydrocarbures sur son territoire. Il est même prêt à payer des centaines de millions de dollars aux entreprises qui avaient déjà obtenu des permis pour les compenser.

En même temps, on apprend que le réchauffement du climat s’accélère encore plus qu’on ne le craignait et qu’il faut agir encore plus vigoureusement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Pas facile d’arbitrer tout ça…

Mais comme nous allons encore devoir consommer du pétrole, pour quelques années tout au moins, ne pourrions-nous pas mettre à contribution ce qui se trouve ici en encadrant rigoureusement son exploitation, tout en mettant la pédale au plancher pour électrifier au plus vite l’ensemble des transports? Qui demeure l’objectif ultime?

À l’époque, en Allemagne, on parlait de la Realpolitik – la politique pragmatique. Nous aurions avantage à nous en inspirer.

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