Taser gun : quand les élus s’en mêlent

Par Claude Poirier
Taser gun : quand les élus s’en mêlent
Claude Poirier

Lorsque Martin Prud’homme était directeur par intérim du Service de police de la Ville de Montréal, il avait demandé à l’administration de la mairesse de Montréal Valérie Plante que tous les patrouilleurs soient en possession d’un taser gun [ou pistolet à impulsion électrique] afin d’intervenir le plus rapidement possible dans des situations de crise.

Au cours de ma carrière, j’ai été confronté à des personnes en crise épouvantable à plusieurs reprises. Je vais vous raconter un événement spécial que j’ai vécu. Un dimanche soir, j’ai été appelé à me rendre dans une résidence de la rue Papineau, en face du parc Lafontaine à Montréal. Un homme en crise détenait une femme de 90 ans et l’avait attachée. À cette époque, les policiers n’étaient pas équipés d’un taser gun. J’ai dit au Groupe d’intervention tactique d’entrer de force dans la résidence même si j’y étais parce que l’homme s’était ouvert les poignets dans la salle de bains et qu’il menaçait de tuer la femme. Les agents sont entrés en fracassant les fenêtres. J’ai été projeté par terre, dans une marre de sang. Ma montre s’est brisée. L’histoire s’est finalement bien terminée dans les circonstances.

Lorsqu’un individu est en situation de crise, sous l’effet de la drogue ou atteint d’une maladie mentale, ce n’est pas un psychologue ou un travailleur social qui doit se rendre sur place. Même si la police de Montréal veut donner une meilleure formation à ses agents, c’est extrêmement difficile d’intervenir. Il s’agit d’une question de minutes. Alors quand un policier n’est pas en possession d’un taser gun, il peut malheureusement y avoir mort d’homme parce qu’il s’agit d’une question de temps.

Je ne suis pas en faveur de se servir régulièrement du taser gun. Je crois qu’il doit y avoir des normes et que les agents doivent être bien entraînés parce qu’il peut y avoir des conséquences graves à utiliser cette arme.

Toutefois, je ne comprends pas l’attitude des élus de la Ville de Montréal qui veulent reporter les discussions sur l’implantation du taser gun en 2020. Je pense que ça aurait rassuré les policiers parce qu’on a vu que ça peut se finir mal quand ils ont une arme à feu. S’ils avaient eu un taser gunentre les mains, des vies auraient pu être sauvées. Rappelons-nous de l’histoire d’Alain Magloire, un itinérant abattu par les policiers à Montréal.

Je respecte le fait que ce soient des élus, mais ils n’ont pas d’expérience sur le terrain. Selon moi, leur décision va à l’encontre du travail des policiers.

10-4!

(Propos recueillis par Gravité Média)

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