Taxe de la SAQ : un bâton dans les roues pour les microdistilleries

mercredi le 11 août 2021
Modifié à 11 h 27 min le 12 août 2021
Par Jules Gauthier

La terrasse de la Brasserie distillerie Champ libre à Mercier (photo: Le Soleil - Jules Gauthier)

Alors que la demande pour les spiritueux québécois est en hausse depuis les dernières années, les microdistilleries qui élaborent ces produits ont de la difficulté à faire des profits avec l’imposition d’une taxe provinciale de plus de 50 % sur les bouteilles qu’elles vendent sur place.

C’est le cas notamment à la Brasserie et distillerie Champ Libre située à Mercier. Yves Taillon, copropriétaire de l’entreprise depuis 2018, ne cache pas son désaccord avec cette taxation qu’il juge excessive.

« C’est certain que c’est un frein important au développement. On vend à perte en ce moment parce que le peu de profit qu’on pourrait générer est englobé par pratiquement toutes les taxes », clame-t-il.

Même son de cloche à la distillerie 3 Lacs basée à Salaberry-de-Valleyfield. Nicolas Bériault, l’un des trois fondateurs, se désole aussi de cette situation.

« À la fin de la ligne, il nous reste des miettes de profit pour chaque bouteille vendue sur place », affirme M. Bériault.

 

Une taxe qui passe mal

En ce moment, M. Taillon vend à sa distillerie un gin et une eau-de-vie de marc de raisin. Comme tous les spiritueux québécois qui ne sont pas vendus sur les tablettes de la Société des alcools du Québec (SAQ), chaque bouteille est taxée à 52 % par le gouvernement provincial.

« Ce qu’ils ne veulent pas, c’est que les microdistilleries concurrencent la SAQ. C’est dans cette optique-là que les petites productions ne sont pas rentables pour le moment », mentionne le chef d’entreprise.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes comme le démontre Nicolas Bériault; pour chaque bouteille de son gin vendu sur place à 45 $, la distillerie doit remettre un peu plus de 22 $ à la SAQ. La société d’État n’aura ici jamais touché à la bouteille sur toute la ligne.

« C’est un peu ça qui est scandaleux dans l’histoire au final », critique M. Bériault.

Aux yeux de M. Taillon, cette majoration de plus de 50 % est une véritable barrière au développement et au foisonnement des distilleries locales à l’échelle de la province.

« Pour le moment, on continue à distiller en petite quantité, ça fait partie du plan d’affaires et de l’ADN de l’entreprise », lance-t-il.

 

Un véritable emballement

Il est difficile de ne pas remarquer l’engouement des dernières années pour les spiritueux provenant des distilleries québécoises; de 2019 à 2020, les ventes ont bondi de 87 %.

Cependant, selon l’Union québécoise des microdistilleries (UQMD), c’est à peine 30 % des profits faits sur place qui iront dans les poches des microdistilleries.

« Il y a une belle notoriété, les gens démontrent beaucoup d’intérêt en ce moment, mais on reste encore un joueur marginal; on a besoin d’appuis politiques de la part de nos députés », dénote M. Taillon.

 

Québec a les mains liées

Du côté gouvernemental, le ministère de l’Économie et de l’innovation du Québec (MEI) affirme, dans une entrevue accordée à montémiscouata.com, qu’il entend bien les doléances de l’industrie, mais ne peut se résoudre à faire avancer le dossier. En effet, selon le MEI, les accords commerciaux auxquels la province est assujettie ne permettent pas de conférer des avantages aux entreprises canadiennes et québécoises aux dépens des entreprises étrangères.

En revanche, Québec assure qu’il prépare un plan d’action gouvernemental 2020-2025 qui permettra des allègements règlementaires et administratifs pour les entreprises d’ici.

 

Aides et solutions pour l’industrie

En dépit d’une situation délicate, les entreprises de l’industrie se soutiennent et tentent d’aller chercher le maximum d’aides.

« On va chercher toutes les mesures d’aides possibles puisque c’est une guerre à chaque moment pour les subventions », précise Nicolas Bériault.

À titre d’exemple, sa distillerie réussit à percevoir des redevances sur chaque bouteille vendue grâce au programme d’appui au positionnement des alcools québécois (PAPAQ).

Toutefois, si la situation ne s’améliore pas, un plan d’action sera dévoilé par l’UQMD au cours de l’automne prochain prévient M. Bériault.

« On est une industrie jeune et on veut qu’elle reste en santé », se permet de conclure le cofondateur de la distillerie 3 Lacs. 

 

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