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Un arbuste menacé désormais protégé dans le Corridor vert Châteauguay-Léry

jeudi le 23 juin 2022
Modifié à 16 h 47 min le 23 juin 2022
Par Valérie Lessard

vlessard@gravitemedia.com

L’aubépine ergot-de-coq peut atteindre 10 mètres de hauteur. Il produit des fleurs blanches et des petits fruits comestibles. (Photo:Gracieuseté Dominic Gendron)

Le gouvernement du Québec ajoutera l’aubépine ergot-de-coq sur sa liste des espèces florales menacées. La protection de cet arbuste, présent au Québec exclusivement dans la région de Châteauguay et Valleyfield, se veut un pas de plus vers la conservation du Corridor vert, indique la députée de Châteauguay MarieChantal Chassé.

 

Cette nouvelle a réjoui le milieu écologique régional qui milite depuis longtemps pour sa préservation. Il y a une quinzaine d’années, l’organisme Héritage Saint-Bernard a fait un inventaire floristique des espèces dans le corridor vert. «Il y avait plus ou moins 1000 individus [d’aubépine ergot-de-coq], ce n’est pas grand-chose, mentionne Luc L’Écuyer, directeur général de l’organisme. On ne peut pas se permettre comme être humain de laisser disparaître une espèce comme ça, pas plus qu’on brûlerait un Picasso, quoi que le Picasso ne fait pas de photosynthèse.»

Cet arbuste à fleurs blanches n’est répertorié que sur une superficie de 5,3 hectares, soit l’équivalent de 7 à 8 terrains de football dans le corridor vert.

 «C’est notre rainette à nous», a illustré Dominic Gendron, directeur à la conservation chez Héritage Saint-Bernard, en faisant référence à la rainette faux-grillon, cette minuscule grenouille qui a souvent fait la manchette, puisque son habitat est menacé.

Précieuse pour la biodiversité

Pour Guy Turcotte, porte-parole de SOS Fernand-Seguin, un organisme qui milite pour la protection du Corridor vert, l’aubépine ergot-de-coq a une grande utilité dans la biodiversité. «Quand il arrive en fleurs, c’est parce que tous les autres ont fini leurs fleurs. Les pollinisateurs en ont besoin, explique-t-il. Pendant ce temps-là, les oiseaux vont nicher dedans, puisqu’il y a plein de  piques-piques. Il n’y a pas un raton laveur qui peut aller jouer dans le nid!»

L’arbre produit aussi des fruits que consomment les oiseaux.

La députée de Châteauguay dit avoir talonné ses collègues au conseil des ministres pour protéger le boisé de Châteauguay-Léry ainsi que l’aubépine ergot-de-coq. «L’annonce d’aujourd’hui [16 juin], je la vois comme un legs aux futures générations. Je suis heureuse de cette attention spéciale accordée à une espèce unique du Corridor vert Châteauguay-Léry. En plaçant l’aubépine ergot-de-coq sur la liste des espèces menacées ou vulnérables, il attire notre attention sur sa fragilité et nous amène tous à réagir pour le protéger», a-t-elle commenté en conférence de presse le 16 juin à Châteauguay. Le gouvernement a ajouté 8 plantes sur la liste des espèces menacées.

En figurant sur cette liste, l’habitat de la plante aussi devient protégé. «C’est une couche de plus vers la protection du Corridor vert», a souligné Guy Turcotte.

Richard Nadeau, un citoyen de Châteauguay impliqué depuis longtemps dans les dossiers de conservation des milieux naturels, a salué le changement de statut. «Quand il s’agit de protéger l’environnement, il n’y en a pas de facile. C’est donc une victoire à l’arraché qui est prometteuse, puisqu’elle annonce d’autres victoires à venir» a-t-il exprimé.

Plante favorite de Marie Victorin

Le frère Marie Victorin, grand botaniste, fondateur du Jardin botanique de Montréal et auteur de la Flore Laurentienne adorait l’aubépine ergot-de-coq. En 1935, il y a écrit ceci à son sujet dans son ouvrage : «Cette espèce est incontestablement la plus belle et la plus distincte de notre flore: les dimensions de l'arbre, l'aspect des feuilles, épaisses et luisantes, la floraison tardive, permettent de reconnaître facilement le C. crus-galli. Malheureusement, l'espèce est peu répandue dans le Québec: la seule localité connue est Châteauguay, où il existe plusieurs arbres magnifiques groupés dans un espace relativement restreint, à peu de distance du village».

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