VIDÉOS – Des locataires à bout de vivre dans un immeuble infesté de rats

Par Ali Dostie
VIDÉOS – Des locataires à bout de vivre dans un immeuble infesté de rats
(Photo : Le Soleil de Châteauguay - Ali Dostie)

Des locataires de l’immeuble à logements du 187 terrasse Turgeon, dans l’arr. du Vieux-Longueuil déplorent la présence de rats qui a rendu insupportable leur quotidien. Une situation qui perdure depuis des mois, malgré leurs signalements.

«Je les entends chaque jour, que ce soit à l’intérieur ou quand je suis dehors, en train de fumer une cigarette. On les voit la nuit sur le terrain», a raconté Maxime Gauron à la mi-août, avant qu’il ne déménage, à bout de vivre dans ces conditions.

Sur des vidéos qu’il a prises, on entend un rat dans une armoire. Dans une autre, on aperçoit un rat dans la poubelle de cuisine et qui se sauve dès que la porte de l’armoire s’ouvre.

Lyne Morissette, locataire qui a habité l’immeuble durant deux ans, a aussi quitté récemment son logement. Des rats, il confirme en avoir vu des dizaines. «En tout, j’en ai attrapé au moins 50. Ça pouvait être trois, quatre par jour. Il y en avait des tellement gros qu’ils continuaient à bouger avec la trappe, la grosse trappe là!»

Il vissait ses portes d’armoire pour ne pas avoir la visite de ces bêtes indésirables, qui dévoraient le contenu de son garde-manger. Elles ont rongé son divan, ont abîmé des équipements électroniques.

Sa conjointe, Suzanne Gendron, a aussi témoigné au journal, car «même si on a quitté, on veut que les choses changent».

Et il semble que les rats ne s’attaquent pas qu’au bois, mais également aux fils électriques dans les murs de l’immeuble.

M. Gauron compte par dizaine le nombre de fausses alarmes déclenchées au cours des derniers mois. Sans directement faire des rats les responsables des fausses alarmes, un rapport du Service de sécurité incendie de l’Agglomération de Longueuil daté du 27 juin confirme qu’il y a bel et bien une «infestation de rats dans les murs». Le document rapporte aussi des problèmes électriques.

«Quand les rats sont rendus jusqu’au troisième étage, on nous a dit que c’est parce qu’il y en a beaucoup.»

– Lyne Morissette, ancien locataire

Dans le plafond

Les deux anciens locataires racontent que dans un corridor du sous-sol, le plafond suspendu a cédé sous le poids des rats, qui étaient énormes – «aussi gros qu’un chat», n’hésite pas à dire M. Gauron. Depuis, des planches de bois installées en diagonale soutiennent la tuile.

Une autre locataire qui a quitté les lieux ainsi qu’un résident sur place ont confirmé au journal la présence de rats.

Lettres mortes

Maxime Gauron et Lyne Morissette affirment avoir avisé la propriétaire à de multiples reprises, et ce, depuis l’automne, afin qu’elle règle le problème d’infestation.

«D’autres locataires l’ont aussi avertie. Elle disait que je mentais, soulève M. Gauron. Quand on lui montre des excréments de rats, elle dit que c’est de la poussière.»

En tant que locataires, ils ne pouvaient recourir aux services d’un exterminateur: seul le propriétaire est en droit de le faire.

En janvier, M. Morissette a fait parvenir, par l’entremise d’un huissier, une mise en demeure signée par neuf locataires. Les locataires confirment la présence de rats et réclament d’être relocalisés ou dédommagés pour la «perte de jouissance des lieux loués, le matériel endommagé […] et le traumatisme que la situation a causé».

En parallèle, ils ont entrepris des démarches auprès de la Ville de Longueuil. Il y a plusieurs mois, M. Gauron a demandé la visite d’un inspecteur. Ce n’est qu’à la mi-août qu’un inspecteur s’est rendu à son logement.

Dans une lettre datée du 27 août et dont le journal a obtenu copie, l’inspectrice en bâtiment confirme la présence de rongeurs. «Vous devez engager un exterminateur et procéder à l’extermination des rongeurs», indique la lettre adressée à la propriétaire. Le document somme aussi de réparer ou remplacer la plomberie ou tout autre accès aux rongeurs. Les correctifs doivent être apportés d’ici le 10 septembre.

L’affaire doit de plus être entendue au Tribunal administratif du logement.

Devant ces démarches qui s’étirent, M. Gauron se sent impuissant. «On dirait qu’il n’y a rien que l’on puisse faire. Comme locataire, on ne peut compter sur personne.»

La propriétaire n’a pas donné suite aux nombreuses demandes d’entrevue du journal. Selon sa fille, ce qu’avancent les locataires «n’est pas la vérité. Ils font des vidéos et disent qu’ils ne veulent pas payer. La personne détruit beaucoup l’appartement», a-t-elle mentionné au journal, sans savoir de quel locataire il était question.

Des amendes pouvant aller jusqu’à 4000 $

La Ville de Longueuil, qui a refusé de commenter ce cas particulier, a rappelé le Règlement établissant un code du logement de la Ville, de même que les règlements des arrondissements concernant les nuisances, ce qui inclut les rongeurs.

«Les citoyens qui constatent une infraction en lien avec la présence de rongeurs peuvent déposer une plainte à la Ville, indique-t-on. Parallèlement, les locataires peuvent aussi déposer une plainte à la Régie du logement, avec qui la Ville partage la compétence en matière d’insalubrité pour les logements locatifs.»

Délai «inhabituel»

Selon l’administration municipale, le délai habituel entre une plainte en lien avec un cas d’infestation et la visite de l’inspecteur est d’environ deux semaines.

En raison de la pandémie, les inspections prévues à l’intérieur des bâtiments ont été interrompues à la mi-mars et ont repris graduellement en mai, «en priorisant les cas urgents, dont font partie les infractions liées aux infestations de rongeurs».

Dans le dossier de l’immeuble de terrasse Turgeon, on reconnait que «les délais semblent inhabituels. Des vérifications seront faites pour «assurer le traitement approprié du dossier».

Lorsque la présence de rongeurs est constatée, un avis exige au contrevenant de rendre le logement conforme dans un délai précis. Si la situation n’est pas réglée, un deuxième avis est envoyé.

Advenant que le problème persiste, les contrevenants s’exposent à une amende allant jusqu’à 1000$ (2000$ pour une personne morale). Dans le cas d’une deuxième offense, l’amende peut s’élever jusqu’à 2000$ (4000$ pour une personne morale.) Si l’infraction au règlement se poursuit, c’est une nouvelle infraction.

 

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