COVID-19 : Dernier déjeuner au restaurant à regrets

Claude et Georgine Bordeleau et leur amie Francine Filion ont déjeuné à l’Oeuf Plus à Châteauguay mercredi matin. Un dernier repas ensemble pour un bout.

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L’ordre du gouvernement du Québec de fermer les salles à manger des restaurants pour une période de 28 jours pour freiner la COVID-19 ne fait pas leur bonheur.

« On partage un dernier déjeuner avec une tristesse de tout ce qui se passe. Vraiment », confie Mme Filion, attablée avec son couple d’amis.

« D’après moi, on n’aurait pas besoin de fermer les restaurants si on regarde les dispositions qu’on a depuis un mois. D’après moi, il n’y a pas de problème », estime Claude Bordeleau.

Un plexiglas transparent plus haut que la tête d’une personne assise se dresse entre leur table et la table voisine. Les serveuses transportent assiettes et silex de café fumant le visage masqué. Des mesures sanitaires en place depuis la réouverture qui a suivi la fermeture forcée du printemps.

Francine Filion avoue qu’elle est contre le couvre-visage, mais elle respecte la règle. « Je porte un masque rouge parce que je conteste. Mais je le porte, par respect. Je suis obligée de suivre la masse. Surtout à mon âge », fait-elle part.

Georgine Bordeleau ajoute : « Moi je vais avec le flot. On écoute ce qu’ils nous disent de faire. On veut rester en bonne santé ».

Kim Billingsley portent le masque comme il se doit. Des plexiglas séparent les tables. (Photo Michel Thibault)

Besoin de socialiser

Qu’est-ce que déjeuner au restaurant représente pour eux ?

«De sortir de la maison, de voir du monde, pour moi c’est important, dit Mme Bordeleau. Il y a des gens qui peuvent rester à la maison et ça ne les dérange pas mais moi j’ai besoin de sortir pour voir du monde. Ce que je trouve difficile, c’est de ne pas pouvoir voir mes enfants, mes petits-enfants. Ça je trouve ça très difficile. Émotivement c’est difficile. »

« Le côté social est très important », renchérit M. Bordeleau. « Je suis un lève-tôt. Il y a beaucoup de matins, je vais au McDo et je prends un café avec les gars. C’est bon de sortir de la maison, de prendre une marche », souligne le retraité âgé de 82 ans.

« C’est la réunion d’amis de longue date, depuis l’école, exprime Francine Filion. C’est important, je n’ai plus de famille. Ils sont tous décédés. J’ai ma fille quand même, mais elle a sa vie. Et, aimer, c’est laisser libre. C’est comme ça que je vois ça. Moi, je suis une personne libre. Ça me dérange intérieurement. C’est ça qui me rend triste. »

28 jours

En plus de mettre les sorties au restaurant sur la glace, les gens ne peuvent plus se visiter jusqu’au 28 octobre. Tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, les rassemblements de personnes n’habitant pas à la même adresse sont interdits. Unique exception : les personnes vivant seules peuvent accueillir chez eux une autre personne.

Qu’est-ce qu’ils vont faire ?

« On va se communiquer au moins par téléphone. On va essayer de respecter ce qu’ils nous demandent. J’avais un rendez-vous pour mes yeux. Je n’irai pas », fait part Mme Filion.

Son couple d’amis va revenir à ses sorties du printemps. « Pendant le gros de la pandémie, on allait au A&W à Mercier, on allait au service à l’auto et on venait manger à la maison. Ça faisait une sortie. On faisait une promenade autour de la rivière », raconte M. Bordeleau.

« C’est une forme de liberté qu’on va chercher », dit sa conjointe.

Sophie Billingsley, gérante. (Photo Michel Thibault)

Impact important

Gérante du restaurant, Sophia Billingsley se désole de devoir encore fermer. Est-elle d’accord avec le geste du gouvernement ? « Oui et non. Je suis d’accord qu’il y a une deuxième vague qui s’en vient, que c’est pour la santé de tout le monde. Mais, en même temps, si vous voulez fermer, il faut vraiment tout fermer. Pas juste la moitié, estime-t-elle. Toutes les écoles sont ouvertes, tous les autres restaurants sont ouverts, c’est vraiment juste les restaurants avec salle à manger qui prennent un gros impact dans ça. C’est très triste qu’ils nous fassent ça. »

Elle fait valoir que le restaurant s’est conformé aux directives de la santé publique pour rouvrir. « On a mis des plexis partout, on a bien fait pour accueillir nos clients comme du monde », dit-elle.

Le restaurant dédié aux déjeuners et dîners continue à offrir des mets livrés et pour emporter mais ce n’est pas comme l’accueil en salle à manger. « On va offrir la livraison mais ce n’est pas la même chose. On va s’entendre qu’un restaurant à déjeuner c’est l’ambiance. On aime ça jaser, on aime ça voir le monde. Il y a beaucoup de nos clients qui sont déçus, très, très déçus. Ils sont tannés du confinement », expose Mme Billingsley.

Une quinzaine d’employés perdent leur poste, dit-elle.

« Beaucoup de mes filles n’ont plus de job. Elles ne savent plus quoi faire. Parce que nous, le chômage, ça ne fait rien pour nous. Ça ne fait pas grand-chose. On se ramasse sans job. On ne peut pas rien faire », déplore-t-elle.

Les restaurants de Châteauguay ont accueilli leur derniers clients à l’intérieur, le 30 septembre, avant une pause d’au moins 28 jours. (Photo Michel Thibault)

 

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