Actualités

Prix de l’essence : consommateurs résignés

le mercredi 16 mars 2022
Modifié à 11 h 53 min le 16 mars 2022
Par Jules Gauthier

jgauthier@gravitemedia.com

Yvan Robert, livreur pour la compagnie NAPA, estime que la hausse va se faire ressentir bientôt sur les frais de livraison. (Photo: Le Soleil - Jules Gauthier)

Ce n’est plus un secret pour personne; depuis plusieurs semaines, le prix de l’essence à la pompe ne fait qu’augmenter au Québec et frôle maintenant les deux dollars du litre. Automobiliste, livreurs, camionneurs ou encore consommateurs, cette facture salée semble avoir un impact sur tout le monde. Le Soleil est allé à la rencontre des principaux intéressés.

« Je vais le dire franchement, c’est quand même vraiment intense comme hausse des prix en ce moment, surtout que je travaille en plus dans le domaine de la livraison », indique Ricky Bruce, un résident de Beauharnois rencontré dans une station-service de Châteauguay.

M. Bruce déclare que cela lui coûte dorénavant 70 $ de plus par semaine en carburant. Il aimerait pourtant s’acheter un véhicule électrique mais faute de moyens, il se résout à utiliser encore sa petite voiture.

Même son de cloche chez Yvan Robert, un livreur de la compagnie NAPA. « Si ça continue comme ça, les frais sur la livraison vont se faire ressentir bientôt c’est évident. Moi c’est sûr que j’aimerais envisager d’aller vers l’électrique mais après, est-ce que le prix de l’électricité va augmenter lui aussi ? », se questionne-t-il.

Des hausses de prix progressives

David Bergeron, le directeur général de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Grand Roussillon (CCIGR), estime que les effets de cette hausse drastique du litre d’essence vont se faire sentir bientôt dans d’autres secteurs.

« Ça va d’abord passer par la hausse des coûts de transport. De manière générale, les transporteurs avertissent le marché qu’ils vont devoir monter leurs tarifs. Et de là, qui dit augmentation des coûts de transport dit flambée des prix des biens de consommation », analyse-t-il.

Selon lui, il n’y a pas grand monde qui y échappera sauf peut-être les entreprises de services qui pourraient être davantage épargnées.

« Pour l’économie qui n’est pas à son meilleur en ce moment, on avait besoin de tout sauf ça. Il y a des cris du cœur qui ont été lancés par plusieurs commerçants au gouvernement et qui demandent, comme en Alberta, de lever une partie de la taxe sur l’essence temporairement. Ça pourrait-être une des solutions à envisager », indique M. Bergeron.

L’industrie du camionnage

Mexuscan Cargo est une compagnie de transport par camion au Canada, États-Unis et Mexique implantée à Sainte-Martine depuis plus de 20 ans. Son propriétaire, Robert Goyette, ne semble pas être inquiété outre mesure par le prix record de l’essence.

« Pour être franc avec vous, l’impact de la hausse n’est pas sur mon entreprise mais plutôt sur les consommateurs malheureusement, c’est eux qui vont hériter de la facture au bout de la ligne. On va continuer de transporter les biens de nos clients peu importe ce qui se passe », a-t-il expliqué au journal.

Néanmoins, l’exemple d’un voyage en camion entre le Québec et le Mexique par Mexuscan permet de comprendre pourquoi il y aura une hausse prochaine du prix des biens de consommation.

« Il y a quelques semaines à peine, un transport par camion entre Montréal et le Mexique coûtait autour de 4000 $. Actuellement, avec le prix de l’essence et la pénurie de main-d’œuvre, cela nous revient plutôt à 12 000 $ par voyage », constate le directeur général.

La motorisation électrique

M. Goyette affirme que sa compagnie devrait recevoir ses deux premiers camions de transport électriques au cours des prochaines semaines. L’homme d’affaires estime qu’il est très sensible à la préservation de la planète et que, malgré le coût exorbitant de ses nouveaux camions, son entreprise aura un jour une flotte électrique.

« Un camion diesel coûte à peu près 100 000 $ tandis que ceux qui sont électriques avoisinent 300 000 $ l’unité. Le coût ne doit pas être une entrave cependant, ces camions, on va les rentabiliser, surtout si l’essence devient de plus en plus chère », indique-t-il.

Benoit Charrette, journaliste automobile depuis presque 30 ans et chroniqueur chez Gravité, estime pour sa part que, malgré la demande à la hausse, l’acquisition d’une voiture électrique relève d’un véritable parcours du combattant au Québec.

« Oui les gens aimeraient se tourner vers les véhicules électriques mais si vous n’avez pas encore commandé le vôtre, c’est entre un et deux ans d’attente pour le moment dans bien des cas. C’est ça le problème, les gens ne peuvent pas se réorienter rapidement vers l’option électrique, il n’y en a pas de disponible », mentionne-t-il.

Des solutions à court terme

En cette période de hausse effrénée du prix du carburant, le chroniqueur automobile recommande donc aux usagers de la route de privilégier le covoiturage, de couper dans les grandes distances et les sorties ou de tout simplement, moins utiliser leur véhicule si possible.

« Il serait judicieux aussi, en cette période de pénurie d’autos neuves et usagées, de garder son véhicule s’il fonctionne bien. Déjà que l’essence coûte chère, ça ne vaut pas la peine de se rajouter des dépenses supplémentaires avec des paiements sur une voiture neuve », conseille-t-il en guise conclusion.