Diplomation : On n’est pas plus cruchons

Par Michel Thibault
Diplomation : On n’est pas plus cruchons
(Photo : Archives)

Nombre de commentateurs et d’élus sont tombés sur la tomate de notre système d’éducation ces derniers jours.

Ce, en réaction à une étude de l’Institut du Québec voulant que notre province soit la dernière de classe au Canada en matière de taux de diplomation.

«Résultats catastrophiques », «chiffres alarmants» ont trompeté les médias. Ces vertes critiques m’ont fait sourciller puisqu’il y a quelques mois ils rapportaient exactement le contraire. «Tests internationaux PISA : Les élèves québécois sur le podium», titrait la Presse Plus le 7 décembre 2016. «Si vous croisez un ado dans les prochains jours, donnez-lui donc l’accolade au lieu de lui faire des reproches. Les jeunes Canadiens, et les Québécois en particulier, sont parmi les plus performants au monde en sciences, en mathématiques et en lecture», écrivait le journaliste Philippe Mercure.

Mais qu’est-ce qui a pu se passer entre décembre 2016 et aujourd’hui ? Comment le Québec aurait-il pu débouler de membre du peloton mondial à cancre du Canada ?

C’est très simple, la situation est compliquée. Note de passage, cursus, culture, socio-démographie, budget, une foule d’éléments doivent être pris en considération dans l’équation. Et l’un des plus importants se situe dans la bouche. Le jeu des comparaisons a ses limites quand on ne parle pas la même langue !

Le français très difficile

«Si le taux de diplomation est plus bas au Québec qu’ailleurs au Canada, ce n’est pas parce que nos enfants sont plus cruchons. C’est parce que le français est très difficile !» affirme ma Dulcinée. Elle cause en connaissance de cause. Elle a enseigné 32 ans, dont quelques années de spécialisation en français au secondaire.

Sur la complexité de notre idiome, personne ne peut la contredire. Laid, lait, les, galet, balai, est, es, haie, aie, neige, terre, père, paix, anglais. Qu’ont en commun ces 14 mots ? Ils contiennent tous le son «è». Mais écrit de 14 façons différentes ! Vous pouvez faire le même exercice avec les sons «i», «é» et «o». C’est très amusant, vous allez voir, l’entièreté de l’alphabet va y passer.

J’ouvre ici une parenthèse. Des anglophones me contactent régulièrement pour réclamer la version anglaise d’articles. «Je parle français et je le comprends mais j’ai de la difficulté à lire», déplorent-ils. Avec autant de variantes pour écrire un son en français, je les comprends. Closons la parenthèse. «Ça ne se dit pas», me corrige ma charmante conjointe. En effet, le verbe clore ne se conjugue pas avec tous les pronoms personnels selon le mode et le temps.

Genre pas évident

Une différence importante complique le français par rapport à l’anglais : le genre. En français, les choses ont des ovaires ou des testicules imaginaires. Comme il n’est pas possible de déterminer le sexe d’une table en jetant un œil discret entre ses pattes, il faut miser sur le par cœur. Ça prend du temps et de la place dans le coco mémoriser le sexe de 50 000 objets.

«Et le genre, ça vient bouleverser toute l’orthographe de la phrase, il faut faire les bons accords», souligne ma tendre retraitée de l’enseignement.

Absorber et garder en mémoire toutes ces façons d’écrire les sons, gérer les genres, composer avec un inventaire de règles grammaticales truffées d’exceptions, voilà les défis avec lesquels nous avons à composer.

La honte de l’échec

Les difficultés de la langue française ont un impact démesuré sur les résultats des élèves. «J’ai corrigé souvent des textes qui se tenaient, c’était tout bon mais l’élève pouvait perdre 30 points juste pour son orthographe», dit mon épouse.

Le niveau de difficulté du français favorise les échecs, particulièrement chez les garçons qui préfèrent généralement l’action à la mémorisation. «Quand tu échoues t’as pas le goût de te réessayer, tu ressens une honte. Ça te démobilise complètement. Mais si tu présentes un travail qui est convenable, tu as un sentiment de fierté et tu vas continuer», souligne-t-elle.

Une clé ou même une clef pour améliorer le taux de réussite des élèves du Québec ? «Leur apprendre à utiliser les outils de la technologie moderne pour écrire correctement et leur permettre de les utiliser même dans les examens. Il faut se servir des correcteurs comme des calculatrices. Sur le marché du travail, c’est ça qu’ils vont employer», conseille ma partenaire de vie. «Si l’élève perd moins de points pour l’orthographe grâce aux Antidote de ce monde, son travail sera valorisé et il sera fier de lui», souligne-t-elle.

Simplifier la langue française constituerait aussi une bonne idée. L’exercice a été entamé avec la nouvelle orthographe. Il faut aller plus loin. À chaque son son symbole, à bas les complications !

Champions du raccrochage

En attendant, on peut se consoler avec un autre élément de l’étude de 50 pages de l’Institut. «Bien qu’il soit à la traîne pour le taux de diplomation au secondaire, le Québec est premier de la classe en raccrochage scolaire. La part de la population des 25 à 34 ans titulaire d’au moins un diplôme d’études secondaires place le Québec au sommet du classement des provinces canadiennes en matière de raccrochage.»

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Pierre M.
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Pierre M.

Les résultats PISA du Québec sont bon parce que de nombreuses écoles et élèves n’y participent pas. Lisez les remarques de l’OCDE à ce sujet.

Si le français est si difficile pourquoi les franco-Ontariens dans leurs écoles francophones ont un taux de diplomation de 91 %…???