École : « Ça a décroché comme un accident »

Par Michel Thibault
École : « Ça a décroché comme un accident »
(Photo : Depositphotos)

La COVID-19 a chambardé nos vies ce printemps.

« Au moment où c’était vraiment accroché, ça a décroché, comme un accident» – Claire Sirois

L’école interrompue en mars me préoccupe. Je pensais aux enfants, aux profs. Ma charmante épouse est une enseignante à la retraite. J’ai profité de l’apéro d’un vendredi pour l’écouter parler en connaissance de cause. Que penses-tu, Claire Sirois, de cette année scolaire interrompue ?

Claire Sirois, enseignante à la retraite

« À la relâche, on a vécu la moitié de l’année scolaire. Il restait toute l’autre demie. Au début de l’année, le groupe se rencontre, le prof s’adapte à ses élèves, les élèves s’adaptent au prof. Après Noël, les élèves, les profs vivent une dynamique particulière, elle est créée. Elle est installée avant d’aborder l’autre demie année scolaire. »

Pour elle, il s’est créé un vide après la fermeture des écoles en mars, quelque chose qui est resté en suspens. « Ce n’est pas une fin d’année normale. Il y a un traumatisme qui s’est installé au mois de mars. On ne sait pas très bien ce qui se passe. Est-ce que ça va ouvrir ? On retourne-tu ? On retourne-tu pas ? Et le détachement s’est fait.  Il reste dans l’esprit des jeunes : oui, il y avait un groupe, il y avait une histoire de commencée mais l’histoire s’est arrêtée au milieu. »

Comment se soude un groupe ? « Il y a toute une phase d’attachement dans les six derniers mois, c’est très important. C’est là où le groupe était consolidé. L’attachement devenait encore plus solide. Avril allait arriver. Les révisions, on se met ensemble, on travaille, on fait des activités. Mais toute cette phase-là, au moment où c’était vraiment accroché, ça a décroché, comme un accident. »

Je trouve ce parallèle très pertinent ma chère. Mais, dis-moi, c’était quoi la fin d’année pour toi ? « À chaque fois, il y avait de la tristesse dedans. Oui, on avait hâte d’avoir les vacances parce qu’on est fatigués. Rendus au mois de juin, on est essoufflés. Mais, en même temps, on voudrait ne pas quitter notre groupe, le ravoir après. Continuez avec eux autres l’année d’après, mais on sait que ce n’est pas possible. Ne plus avoir la possibilité de ravoir ton groupe, cette bulle d’énergie qu’on avait créée ensemble, ça c’est un deuil qu’il faut faire. Il y a du chagrin dans ça. J’ai pleuré à des fins d’année moi ».

« On a vécu pendant une année complète, ensemble, vraiment comme une famille où on a tout partagé, des plaisirs, des chagrins, des efforts à fournir, tout ce qui fait partie de la vie. L’enseignement, c’est profondément humain et c’est profondément émotif. Tu ne peux pas enseigner sans avoir créé, avec tes élèves devant toi, des ponts affectifs. Pour les rejoindre, pour comprendre qui est devant toi. Les reconnaître et travailler différemment avec chacun des élèves en rapport avec leur propre histoire à eux. En respectant leur propre histoire pour les amener à débloquer et à apprendre. Tu ne peux pas apprendre si tu n’as pas de relation avec l’adulte qui est devant toi. À l’université oui, au cégep oui, mais pas au primaire ni au secondaire. T’as vraiment besoin d’un rapport affectif et d’avoir été capable de saisir l’histoire de chacun pour être capable d’aller les chercher là où ils sont. S’il n’a pas un rapport affectif avec un adulte, un enfant apprend difficilement. Cela apparaît impossible. Si non met un robot et il va faire la job. Mais ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. Parce qu’on est des humains. On en travaille pas avec des écrous et des vis à entrer et à tourner.

Je retranscris ces mots que j’avais enregistrés. Vous patientez un moment, j’ai besoin d’un mouchoir.

Ok. De retour à Claire. « Je n’ai oublié aucun des groupes que j’ai eus. C’est inoubliable. C’est comme des petites familles qu’on a créées. Après, ça, sont adoptées ailleurs mais tu ne les oublies jamais. »

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